Vers le zéro déchet et le 100% citoyens

Le design militant © Romain Monjales
25 Août 2022 | Lecture 3 min

Le design militant de Romain Monjales : Romain Monjales, étudiant au design Lab City de L’École de Design Nantes Atlantique, a repensé le processus de réduction des déchets en ville. 100 % écolo 100 % citoyen avec un objectif 0 % déchet, son projet participatif est ingénieux. Grâce à des outils collaboratifs, chacun.e peut s’impliquer et alléger la facture salée des milliers de tonnes de déchets ménagers collectés chaque jour à Paris. Sensibilisation, conception participative, intégration à un écosystème préexistant, kit d’animation, ateliers et suivi « dans la vie réelle » tracent les lignes simples et humaines d’un projet nécessaire. Êtes-vous prêt.e à vivre plus léger ?

Un oeil dans les poubelles parisiennes

Savez-vous combien de kilos de déchets ménagers annuels produit le citadin parisien ? En moyenne, 500. Énorme, n’est-ce pas ? À l’échelle de la ville, c’est encore plus effarant. Chaque jour, ce sont non moins de 300 000 tonnes de déchets ménagers qui s’entassent dans les camions à ordures d’une ville telle que Paris.

© Romain Monjales

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Selon la ville de Paris : « Les ordures ménagères sont triées à la maison et déposées dans le bac d’ordures ménagères. Elles sont ensuite acheminées dans un centre de valorisation énergétique pour être incinérées. La vapeur produite sert à chauffer les immeubles raccordés aux réseaux de chaleur urbains. L’électricité produite sert aux besoins de l’usine et le surplus est vendu à EDF. »

Pourtant, aujourd’hui, une étude de l’ADEME de 2022 nous informe que 19 % de l’impact carbone moyen et annuel du Français est dû aux déchets alimentaires. Si la collectivité gère la collecte des déchets à Paris, le citoyen peut aussi agir sur sa consommation. Ainsi, il complète le travail effectué par la municipalité et accélère la dynamique globale de réduction des déchets ménagers. Le designer s’est interrogé : comment impliquer davantage le citoyen et le responsabiliser dans ce processus ? Comment l’aider à  changer ses habitudes pour réduire son impact carbone ?

Le déchet est le sujet de fond pour la collectivité. Mais ce n’est pas le seul sujet pour l’habitant.

Le but de l’atelier : réduire ses déchets ménagers autrement

Aux origines du projet

En 2018, la feuille de route climat du 10e arrondissement de Paris cible 7 enjeux prioritaires, dont l’un mentionne : « Vers le Zéro déchet ». Sur cet aspect spécifique, l’objectif est de changer les comportements pour se diriger progressivement vers le zéro déchet. Romain Monjales a souhaité accompagner la mairie du Xe dans sa dynamique de réduction des déchets ménagers, à l’échelle d’un quartier de Paris. Sa proposition gravite autour de 3 axes :

  • Proposer une réduction collective des déchets de manière progressive et adaptée à la consommation de chacun.e ;
  • Impliquer les habitants grâce à une conception participative ;
  • Créer un projet à l’échelle du quartier avec une offre qui s’imbrique dans des projets préexistants ;
© Romain Monjales

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Un atelier pour les citoyens du 10e arrondissement de Paris

Une gestion de projet pré-établie

Destiné aux habitant.e.s volontaires, aux collectivités, aux élu.e.s ou agent.e.s, aux associations et gardien.nes, l’atelier est présenté sous forme d’un évènement ouvert à tous. Le jeune designer propose une fiche méthodologique pour l’organisateur, avec toutes les questions à se poser avant l’organisation de l’atelier : Quel est l’objectif visé ? Qui sont les cibles ? Où va-t-il se dérouler et quand ? Combien de participants sont attendus ? Il y indique également les lieux où promouvoir l’évènement, la temporalité à prévoir, etc. Rien n’est laissé au hasard !

L’atelier est animé par un médiateur. Il peut avoir lieu à différents endroits :

  • dans une salle ;
  • à l’extérieur ;
  • stand dans l’espace public ou privé ;
  • chez l’habitant.

L’organisateur obtient également un poster affichant les “pistes de communication” à explorer afin d’annoncer l’évènement. Enfin, une fiche mise à sa disposition contient les outils d’animation de l’atelier : nuancier, tableau, carte de quartier, roue des freins, cartes à réaction, jeux de cartes.

 

© Romain Monjales

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Des outils pour habituer au changement

Pour accompagner la transition, tous les outils sont conçus pour faire de l’atelier un moment ludique et instructif ! Ils sont complémentaires et amènent progressivement l’habitant à prendre du recul sur sa consommation et sur les bonnes pratiques. Avec des outils simples, il est guidé vers le changement.

Dans un premier temps, les participants peuvent faire un état des lieux de leur consommation alimentaire grâce au nuancier de consommation. Ils analysent tous les produits alimentaires et non alimentaires qu’ils utilisent chaque semaine : des barquettes de champignons sous plastique, des plats industriels au panier d’AMAP en passant par les plantes aromatiques du balcon. Tout est évalué à l’aide de critères indiquant si ces produits  génèrent beaucoup ou peu de déchets. Les avantages et inconvénients de chaque type de produit sont indiqués par une variation de couleur dans le nuancier.

 

© Romain Monjales

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Ensuite, l’usager peut se projeter dans un avenir plus minimaliste et écosensible pour son quartier  et ses habitants  :

  • qu’est-il prêt à changer dans sa consommation d’aujourd’hui pour faire mieux demain ?
  • comment peut-il imaginer la consommation du futur ? Quelles seraient ses propositions ?

Pour déployer l’imaginaire des habitants, des “ cartes à réactions” sont distribuées pour interpeller et faire parler : et si on avait des distributeurs de produits ménagers dans les résidences ? Et si on faisait des ateliers de fabrication de produits ménagers deux fois par mois ? Et si on pouvait récupérer des paniers de fruits et légumes locaux dans des casiers urbains ?

© Romain Monjales

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À partir de ces cartes réactions, une proposition en particulier peut susciter l’adhésion de tous. Une fiche détaillée est fournie. Les participants peuvent expliquer quelle initiative serait la meilleure pour leur quartier, qui serait le référent du projet et quel serait son emplacement. Ils peuvent tout consigner dans cette fiche. L’idée prend alors forme et commence à s’incarner dans le réel.

De l’atelier au quotidien : garder le cap

Que reste-t-il de l’émulation produite lors de l’atelier lorsqu’on rentre chez soi ? L’enthousiasme et la motivation ne risquent-ils pas de s’effriter pour laisser place à la facilité des habitudes ? Romain Monjales, pressentant cette rupture, a anticipé le problème.

L’usager ayant participé à l’atelier rentre chez lui armé de pense-bêtes et d’outils pour suivre la transition écologique qu’il vient d’amorcer. Un poster récapitulatif recense l’utilisation de bons produits et des étiquettes réutilisables peuvent être collées sur l’alimentaire ou le non-alimentaire. Ainsi, l’usager se rappelle ce qu’il convient de faire, d’améliorer ou de réduire.

De plus, on lui a offert un carnet de prise de notes qui recense les associations de quartier zéro déchet, les commerces locaux, les marchés et les locaux de la mairie du 10e. Des schémas pédagogiques l’acculturent aux bonnes pratiques et il dispose de nouveaux repères pour avancer.

Quant à la proposition ayant émergé lors des ateliers, plusieurs possibilités existent. Par exemple, si elle est faisable “en l’état”, il convient de :

  1. lancer une expérimentation ;
  2. la proposer au budget participatif ;
  3. lancer un Appel À Projets de demande de financement.

Si la proposition demande à être étudiée, il faut :

  1. mettre en place une série d’ateliers avec d’autres habitants pour pousser le projet ;
  2. demander une étude à une agence ou entreprise spécialisée ;
  3. faire un test ou une expérimentation pour valider le projet.

 

© Romain Monjales

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Romain Monjales souhaite, à l’issue de ses études, devenir designer militant en agence ou designer indépendant spécialisé dans la réduction des déchets. Pour continuer à mettre à jour ses outils, former au kit d’atelier de réduction des déchets, suivre l’évolution des projets et étudier la mise en œuvre de dispositifs conçus dans les ateliers. Parce que réduire ses déchets et faire mieux respirer la terre n’est simplement pas une option !

L'École de design Nantes Atlantique
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