Vers des villes sans eau : quelles solutions ?

©Mika Baumeister via Unsplash
12 Déc 2019 | Lecture 5 minutes

D’ici 2030, un quart de la population mondiale viendra à manquer d’eau. Alors que cet été la sécheresse a été particulièrement importante, se pose alors en ville, toute l’importance de l’eau. En Europe, les épisodes de canicule sont d’années en années, de plus en plus nombreux. Alors quels impacts pourrait avoir cette pénurie pour les villes de demain ? Quelles sont les solutions déjà mises en œuvre et celles qui pourraient dans le futur, devenir envisageables ?

Jacek Dylag via Unsplash

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Surnommée la planète bleue, la surface de la Terre est recouverte à plus de 70% d’eau, une ressource renouvelable et à première vue abondante. Pourtant, malgré des ressources naturelles suffisantes, près de 600 millions de personnes n’ont actuellement pas accès à l’eau potable. D’une part, parce que les ressources sont inégalement réparties dans le monde, et d’autre part parce que ses diverses utilisations sont inadéquates aux ressources disponibles.

Rappelons quelques chiffres nécessaires à la bonne compréhension de la situation actuelle. L’ensemble des eaux douces représente moins de 3% du volume global de l’eau présente sur Terre, et de ce faible pourcentage qui comprend les glaces et les neiges permanentes, l’homme ne peut en utiliser qu’un tiers. Autrement dit, l’eau douce disponible est contenue dans seulement 0,7% du volume total d’eau présente sur Terre. Et cette quantité reste constante de décennies en décennies grâce au cycle et au renouvellement perpétuel de l’eau. Pourtant, le nouveau terme que l’on emploie “or bleu” pour désigner l’eau, démontre bien sa potentielle future rareté, et tous les défis que celle-ci engendre…

©WikiImages via Pixabay

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L’eau, un défi majeur

De plus en plus d’études sont menées pour tenter de comprendre et appréhender notre futur. Hypothèses sur les transports de demain, préconisations sur le climat de 2050, des études montrent aussi que Paris pourrait bientôt connaître prochainement les températures actuelles de Barcelone. Tandis que les alertes se multiplient sur le possible épuisement de nos ressources naturelles.

Vitale à chaque individu, l’eau représente un enjeu majeur et mondial. Tout d’abord parce que la population ne cesse de croître, et avec elle, proportionnellement, les besoins et consommations d’eau. Avec près de 7,7 milliards de personnes dans le monde, et des prévisions qui avoisinent les 10 milliards d’ici 30 ans, l’utilisation d’eau va également s’intensifier. D’autant plus que la croissance démographique entraîne une concentration de la population dans des zones urbanisées et densément peuplées, ce qui peut rapidement multiplier les enjeux liés à l’eau.

En moyenne, sur l’ensemble de l’eau que nous consommons, la part correspondant aux usages domestiques représente seulement 10%, tandis que 20% sont destinés à l’industrie et les 70% restants à l’irrigation des domaines agricoles. Ces chiffres varient en fonction des régions. L’essentiel des prélèvements en Allemagne est par exemple à destination de l’industrie, alors que les usages agricoles prédominent en Espagne. D’ici 2050, l’agriculture mondiale devra par ailleurs nourrir près de 10 milliards d’individus. Les prélèvements d’eau vont donc inévitablement s’intensifier, afin de pouvoir nourrir et hydrater l’ensemble de la population, majoritairement urbaine, mais aussi produire de l’énergie hydraulique et participer au développement économique des territoires. Et cela peut, dans un futur proche, fragiliser considérablement les ressources disponibles, certes renouvelables, mais tout de même aux stocks limités.

©Ryoji Iwata via Unsplash

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Le dérèglement climatique et son impact sur les ressources naturelles

Les activités anthropiques qui provoquent et accélèrent le dérèglement climatique ont un impact direct sur nos ressources naturelles, d’abord parce que la chaleur réduit la quantité d’eau disponible, mais aussi car cela augmente nos besoins et donc notre consommation en eau. L’intensification des périodes de canicules et de sécheresse, la propagation des pollutions d’eau, ou même l’augmentation du niveau de l’eau peuvent entraîner des conséquences sur le long terme, dont nous n’avons pas forcément tous conscience.

Pourtant, les villes, et notamment les métropoles, sont au cœur des enjeux liés à l’eau. Miami par exemple, connaît actuellement une crise qui menace l’approvisionnement des habitants. En effet, suite à la fonte des glaces des pôles et donc l’augmentation du niveau de la mer, l’eau de l’océan Atlantique s’infiltre progressivement dans les réserves d’eau de la ville, et pourrait rapidement menacer sa potabilité.

De même, la capitale londonienne risque d’être fortement impactée par les conséquences du dérèglement climatique. Bien que plusieurs scenarii préconisent l’intensification d’averses et d’inondations, voire la possibilité qu’une partie de la ville se retrouve sous l’eau d’ici 2100, d’autres prévoient une constante augmentation des températures qui pourrait entraîner des problèmes d’approvisionnement d’ici 2025, et à terme une pénurie d’eau d’ici 2040. Cette situation alarmante est principalement dûe au fait que Londres soit aujourd’hui largement dépendante des ressources en eau douce disponibles dans la Tamise et la rivière Lea.

La Tamise au coucher du soleil ©Jplenio via Pixabay

La Tamise au coucher du soleil ©Jplenio via Pixabay

Actuellement, ce ne sont donc plus seulement les territoires isolés et arides qui font face à des défis majeurs concernant l’eau, mais bien tous les territoires, même les plus urbanisés.

L’urbanisation des territoires, source de pénuries….

Pourquoi nos villes sont-elles donc autant touchées par les problématiques liées à l’eau, et risquent-elles par ailleurs, de connaître de sérieux stress hydriques ?

L’urbanisation d’un territoire implique généralement une concentration de populations et une densification de bâti à un même endroit. Une dynamique qui vise notamment à préserver les lieux de nature à l’échelle de territoires plus vastes, mais qui entraîne tout de même, la construction de lieux et d’aménagements urbains imperméables, au sein desquels les sols sont artificialisés et les prélèvements d’eau externalisés.

L’acheminement de ces lieux de prélèvement externalisés aux lieux de consommation se fait principalement par de longs tuyaux qui représentent l’une des raisons de potentielles pénuries. En effet, le gaspillage et les fuites d’eau réduisent considérablement la consommation réelle. Selon une étude réalisée par 60 millions de consommateurs, rien qu’en France, près d’un litre d’eau potable sur cinq est perdu chaque année dans les fuites de canalisations, une perte qui augmente à près de 40% à Nîmes ou Saint-Denis de la Réunion.

Par ailleurs, les territoires urbains sont généralement des territoires dans lesquels l’eau est facilement accessible. La ressource paraît donc abondante et peut être utilisée quotidiennement. C’est la raison pour laquelle nous utilisons l’eau pour toutes nos activités domestiques, alors même qu’elles ne nécessitent pas forcément l’utilisation d’une eau potable et pourrait tout à fait être remplacée par de l’eau de pluie par exemple, en tout cas pour les régions dans lesquelles le climat le permet. Par exemple, en France, près de 54% du volume d’eau utilisé pour des usages domestiques ne nécessite pas une qualité d’eau potable.

Pourtant, il existe justement des systèmes de récupération d’eau de pluie, notamment pour les habitats individuels dans lesquels les gouttières peuvent être reliées à une cuve extérieure, mais aussi pour les logements collectifs. L’eau de pluie est naturellement filtrée et peut directement être utilisée via un robinet pour les cuves hors-sol, ou par pompage pour les cuves enterrées.

… mais surtout source de solutions !

Néanmoins, des solutions pour éviter la multiplication de territoires en stress hydrique et développer des villes toujours plus résilientes, bien heureusement, il y en a d’autres !

L’un des premiers enjeux est la bonne répartition de l’eau. 9 pays dans le monde se partagent aujourd’hui, 60% des ressources en eau douce, dont la Chine et l’Inde, les deux pays les plus peuplés au monde. Par ailleurs, de nombreuses ressources naturelles comme celles contenues dans le Danube, le Mékong ou encore le bassin du Nil, traversent plusieurs pays et engendrent des conflits géopolitiques importants. C’est pourquoi son partage et son équitable répartition s’avèrent essentielles. Les états membres des Nations Unies se sont d’ailleurs mobilisés en 2015 pour définir 17 Objectifs de Développement Durable, parmi lesquels l’eau ainsi que son accès universel et équitable pour tous sont mentionnés.

Au niveau local, il est par conséquent primordial d’adopter une gestion durable de l’eau. Cela débute par une consommation plus responsable des citoyens qui ont un accès facilité à l’eau. L’historien Alexandre Adler insiste sur l’importance des actions individuelles, notamment d’une prise de conscience et de responsabilité des citoyens sur leur consommation d’eau.

À Los Angeles, une démarche citoyenne et environnementale s’est lancée afin de sensibiliser la population sur ces questions de pénurie d’eau, et afin notamment de réutiliser davantage l’eau de pluie. Avec le slogan Save The Drop, le principe est d’inciter les habitants à adopter des comportement éco-responsables en proposant des systèmes de micro-irrigation ou des conseils sur les plantes locales à planter dans son jardin, notamment à partir d’une communication instructive et ludique.

Les collectivités et politiques publiques ont évidemment un rôle important à jouer, et peuvent s’appuyer sur plusieurs organismes et syndicats des eaux pour assurer une gestion plus responsable de l’eau.

Des résultats peuvent déjà être constatés au Cambodge par exemple. Phnom Penh, la capitale, qui avait pourtant subi les conséquences néfastes de la guerre sur son territoire, est aujourd’hui un vrai modèle en terme de gestion publique efficace de la distribution de l’eau. Cela est principalement dû à la mutation de la Régie des Eaux, qui a développé un réseau concentré et une politique de services aux populations pauvres. Un modèle qui devra en revanche continuellement innover pour répondre aux enjeux de demain.

De plus, une gestion durable de l’eau implique avant tout une préservation des ressources existantes, et cela se matérialise notamment par des actions d’assainissement et de réduction des pollutions. Bien que la situation actuelle soit à améliorer, il est important de s’appuyer sur les progrès en cours afin de perpétuer ces dynamiques. C’est par exemple le rôle des agences de l’eau en France, qui agissent pour une gestion équilibrée des ressources et luttent contre la pollution de l’eau, notamment par l’instauration de redevances.

L’urbanisme est également un moyen d’actions riche pour développer des projets en faveur du développement durable et de la protection des ressources naturelles. L’écoquartier Vauban à Besançon a par exemple mis en œuvre une gestion alternative des eaux pluviales de telle sorte qu’aucune eau de pluie ne sera rejetée dans les réseaux d’assainissement de la ville, mais stockée et infiltrée par les espaces verts implantés sur le site. Un objectif que l’on retrouve dans la plupart des écoquartiers.

De même, en 2016, le projet urbain des Mureaux a remporté le trophée Novatech pour sa gestion des eaux pluviales intégrée au parc Molière. En effet, la construction de l’éco-quartier Molière a permis la remise à ciel ouvert du ru d’Orgeval sur près de 500 mètres, et une gestion de l’eau basée sur l’infiltration naturelle de ce cours d’eau. Un exemple réussi qui redonne toute sa place et sa fonction à l’eau dans la ville !

Quotidiennement des études et des recherches sont financées pour répondre aux problématiques liées à l’eau. Des aides financières ainsi que des programmes sont mis en place par les grandes institutions internationales. L’OMS, l’ONU, les agences de développement entreprennent des actions et des accords afin de sensibiliser les populations et de prévenir les potentielles pénuries d’eau.

©Mika Baumeister via Unsplash

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Le fait est que les politiques publiques et l’aménagement du territoire intègrent depuis quelques années déjà des réflexions sur le développement de la trame verte et bleue en ville. Pourtant, la majorité des projets urbains se focalise principalement sur la trame verte, négligeant parfois les aménagements en faveur de la récupération d’eau ou du zéro rejet. Or, on le voit, il est pourtant nécessaire aujourd’hui de replacer l’eau comme un enjeu prioritaire et ainsi par la même occasion, de multiplier les réflexions sur l’eau en ville.

D’autres solutions restent encore à trouver pour assurer la résilience de nos territoires, limiter les conséquences de l’action anthropique sur le cycle de l’eau et réaménager les espaces urbains de manière à ce que l’eau redevienne une ressource plus qu’un défi à relever. C’est pour cela qu’une mobilisation solidaire, internationale et locale, est essentielle pour que tous les citoyens puissent avoir un accès partagé à l’eau. Ainsi, tout comme les derniers programmes de régulation de consommation énergétique, l’eau ne doit-elle pas également être consommée de manière responsable ? Le défi est de taille et l’intelligence et l’action collectives pourraient bien être des premières pistes de réflexion …

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