Smart city : les 3 villes qui se creusent la tête
De Singapour à San Francisco en passant par Barcelone, chaque ville met en place ses propres outils vers une ville idéale et intelligente. Sécurité, impôts, mobilité, environnement… Passage en revue des différentes visions de la smart city.
La Smart City est devenue ces dernières années un terme générique désignant les villes qui utilisent leurs données pour améliorer leur fonctionnement. Soutenue par l’arrivée de l’Internet des objets qui connecte tous les objets qui nous entourent, elle change la façon dont les services municipaux sont pensés. Mais cette discipline est encore jeune et les technologies mises en place varient énormément d’une ville à l’autre. Ce portrait de trois villes parmi les plus « smart » au monde est inspiré d’une étude menée par le cabinet de conseil en digital Juniper Research. Leurs critères de sélection regroupent la présence d’un réseau électrique intelligent, d’un éclairage évolutif, de points d’accès Wi-Fi, l’utilisation de données pour améliorer la circulation et le taux de pénétration des smartphones dans la société. Selon le cabinet, d’ici à 2021, les villes du monde pourraient économiser 19 milliards de dollars en déployant des outils de smart city.
Singapour
Singapour dont l’ambition est d’être le premier « état intelligent » au monde a mis en place depuis plusieurs années une politique très en avance sur la ville intelligente. Le programme « Smart Nation » lancé en 2014 par le premier ministre Lee Hsien Loong, prévoit l’installation d’un grand nombre de capteurs et de caméras afin de prendre le pouls de la ville en temps réel. Ainsi la propreté des rues est surveillée, les systèmes sont capables de détecter une personne en train de fumer dans une zone non autorisée ou de jeter des déchets depuis un gratte ciel. Des données énergétiques, de circulation ou de logements sont également captées pour alimenter un plan numérique de la ville extrêmement complet, baptisé « Virtual Singapore » qui permet à la municipalité de mesurer l’efficacité des aménagements en temps réel et d’en optimiser les usages. Grâce à cette carte numérique, la ville peut réaliser des simulations de propagation d’une épidémie infectieuse ou de mouvements de foule en cas d’explosion dans un centre commercial par exemple.
Une des grandes préoccupations de la cité-Etat est la protection des données, sachant que quasiment tous ses services gouvernementaux sont accessibles en ligne avec les données enregistrées par le réseau de capteurs.
Barcelone
La seconde plus grande ville espagnole n’a pas de technologie de pointe en matière de smart city comme peut l’être Singapour dans sa gestion du trafic routier, cependant elle a adopté une vision complète et globale qui la place dans la tête de liste des villes les plus intelligentes. Selon l’étude Juniper, elle ne perce donc pas dans un domaine mais reçoit de bonnes notes dans une grande variété de critères. Nommée capitale européenne de l’innovation en 2014, Barcelone déploie plus d’une centaine de projets relatifs à la smart City comme un réseau de Wi-Fi dans les transports publics, une forte implantation de bornes de chargement pour voitures électriques, un éclairage intelligent qui détecte les mouvements et permet des économies d’énergie de 30%.
Son système Telecare est capable de surveiller l’état de santé de près de 70000 personnes âgées ou en situation de handicap. Des systèmes comparables existent en Angleterre par exemple mais ne vont pas aussi loin, en effet le système barcelonais ne se contente pas d’une réaction a posteriori, il est proactif. Un centre d’appel contacte régulièrement les utilisateurs, leur souhaite leurs anniversaires, prend des nouvelles, et crée ainsi une véritable relation avec eux. En cas de vague de chaleur par exemple les conseillers fournissent des informations et de l’accompagnement.
Barcelone s’est aussi distinguée par sa gestion de l’eau. Victime d’une période de sécheresse il y a quelques années, elle a depuis développé un système de capteurs installé sous terre sur les voies d’irrigation de la ville. Ces données couplées aux prévisions météorologiques permettent d’anticiper les pénuries et notamment d’interrompre l’arrosage automatique municipal.
San Francisco
Capitale officieuse de la Sillicon Valley et des nouvelles technologies, San Francisco a dû faire face à son attractivité avec un réseau de transport public vieillissant et un fort taux d’utilisation des voitures individuelles. Pour autant le maire Ed Lee est convaincu que la ville peut surmonter ces obstacles et devenir la capitale de la mobilité intelligente. Il lorgne notamment sur un prix de 40 millions de dollars offerts par le Département des Transport américain et a associé ses services municipaux avec des chercheurs de Berkeley dans cet effort.
Parmi les points forts de la ville californienne, un réseau de bus efficace et des moyens de paiement en ligne ou sans contact performant. Afin de réduire les embouteillage, la ville s’est en plus doté d’un système de parking intelligent qui sait en temps réel où sont les emplacements disponibles. Grâce à une tarification dynamique, les utilisateurs sont incités à se diriger vers les rues les moins encombrées pour se garer. En effet, selon la municipalité, la recherche de place de parkings est source d’environ 30 % des embouteillages.
Mais, c’est surtout dans le domaine du développement durable que la ville se distingue, avec un programme « zéro déchet » pour 2020. Le tri y est obligatoire et la négligence est surtaxée. Les sacs plastique sont également interdits dans toute la ville. Ce programme très contraignant est unique au monde, il a su prouver son efficacité en quelques années seulement. Avec 80% des déchets récupérés, les retombées positives sont déjà sensibles, la ville crée des emplois dans un nouveau secteur, elle réduit ses gaz à effets de serre liés à l’incinération des déchets et recycle les matériaux usagés.
Vos réactions
Informations intéressantes notamment sur Barcelone et San Francisco à l’heure où ces 2 métropoles font l’actualité, l’une en raison de ses manifestations à une indépendance administrative et politique, l’autre parce qu’elle se trouve encerclée par des incendies historiques et dramatiques… du coup, comment ne pas se poser la question de ce qu’est une « ville intelligente » au 21ème siècle ? de comment une collectivité doit se positionner ? uniquement vis à vis de ses habitants / économie/electeurs ou bien enfin se construire avec son territoire et son histoire et non contre ?