Regards d’architectes sur la Tour Triangle (2/2)

21 Juil 2015

Mardi 30 juin, les élus parisiens ont validé le projet de la Tour Triangle. Une décision qui n’empêche pas les crispations autour d’un projet ardemment défendu par la Maire de Paris, Anne Hidalgo. Pour dépolitiser le débat, nous avons demandé à Pierre-Arnaud Descotes et Lucie Olivier, deux architectes indépendants, ce qu’ils pensent de cette tour censée culminer à 180 mètres de hauteur.

Bureaux de la tour Triangle. Crédits : DR

Les bureaux de la tour Triangle avec, en toile de fond, la tour Eiffel illuminée et le Sacré-Cœur. Crédits : DR

Lucie Olivier : « Ça va nous repositionner dans l’espace parisien »

Lucie Olivier, que pensez-vous du projet de Tour Triangle ?

Le projet est innovant, ambitieux, et sa forme élégante. La Tour va bouleverser la skyline parisienne. C’est une construction gigantesque qui rappelle les pyramides égyptiennes. C’est important de créer des confrontations dans la ville, des situations étonnantes. D’habitude, les tours prennent pied sur des socles, mais pas ici car le projet ne nie pas la rue, il s’inscrit complètement dans sa longueur. Néanmoins, je trouve que le programme est assez conventionnel puisqu’il s’agit avant tout d’une tour de bureaux.

Pourquoi la tour Triangle divise-t-elle à ce point les professionnels ?

C’est relativement compliqué de se prononcer. La ville se voit secouée, et on peut supposer que cela ouvre la porte à d’autres grands projets dans la capitale. Néanmoins, cette tour reste un « produit de luxe » qui satisfait avant tout les promoteurs. Il me semble que de nombreux bureaux sont toujours vacants en Île-de-France. On ne peut pas nier le manque de logements dans la capitale, qui pose un certain problème. Je crois que les véritables enjeux en matière d’urbanisme n’ont pas vraiment été soulevés. Le débat est resté superficiel, cantonné à un raisonnement binaire : pour ou contre la tour Triangle ? Les réelles questions qui touchent à la ville de demain ont été laissées de côté.

Paris est-elle moins « audacieuse » qu’une ville comme Londres, à laquelle on la compare souvent ?

Sur le plan urbanistique, je comparerais plus volontiers Paris à Rome. Là-bas, un projet comme celui de la tour Triangle ferait aussi polémique. Et puis nous sommes en droit de nous demander si le modèle londonien est réellement un modèle à suivre concernant la multiplication des tours…

Tour Triangle. Crédits : DR

La Tour Triangle sera située à deux pas du Parc des Expositions de la Porte de Versailles, à Paris. Crédits : DR

Les tours sont-elles un bon moyen de féconder l’imaginaire urbain ?

Je pense que le résultat de la Tour Triangle va être étrange : la voir dépasser dans l’horizon à 180 mètres de haut… Ça va nous repositionner dans l’espace parisien. Personnellement, je préfère les tours quand elles communiquent entre elles et « font l’amour » pour faire référence à New York délire, le fameux livre de l’architecte néerlandais Rem Koolhas. La tour Triangle, elle, est solitaire ; c’est étonnant et cinématographique. Sa vision peut déclencher plein de scénarios, dignes de l’ordinaire comme de la science-fiction.

Les Trous Duo de Jean Nouvel dans le XIIIe arrondissement, le futur Palais de Justice dans le quartier de Clichy-Batignolles conçu par Renzo Piano Building Workshop, la Tour Triangle avec Herzog et de Meuron, la fondation Vuitton avec Gerhy…Vit-on en ce moment une accélération de la création architecturale à Paris ?

Oui, je suis ravie que ces projets voient le jour même si, personnellement, j’aurai préféré voir un grand projet densifier le quartier de La Défense. Cette architecture monumentale nous échappe parfois. Le processus entre la production de l’image et la fin du chantier prend plusieurs années. Les projets vieillissent souvent avant même d’être construits, surtout lorsqu’ils donnent dans l’effet et la signature. Je suis plutôt déçue de voir que les projets audacieux en matière d’ architecture concernent trop souvent le secteur tertiaire.

Lucie Olivier est diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne en 2012. Elle travaille aujourd’hui comme architecte indépendante au sein d’un bureau parisien. Par ailleurs, elle collabore avec Le Bureau Cosmique, un collectif d’architectes rennais.

Lire la première partie de l’article :  Regards d’architectes sur la Tour Triangle (1/2)

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Vos réactions

Maxime
21 juillet 2015

très bon article

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