Quel avenir pour les stations de ski ?

11 Fév 2020 | Lecture 7 minutes

Chaque année, le constat est saisissant : le dérèglement climatique en cours remet un peu plus en question l’industrie touristique du ski. Manque de neige, déploiement d’infrastructures onéreuses, les stations de ski cherchent peu à peu à réinventer leur modèle de développement. Mais alors, quel avenir pour ces villes de montagnes, aux architectures uniques ?

Quand la ville se met à la conquête des montagnes

photo de la station des arcs

Les arcs 1800 ©️Dmitry A. Mottl sur Wikipédia

Les sommets de nos reliefs français ont longtemps été une zone vierge de toute urbanisation. Territoires hostiles à l’installation humaine, ce n’est qu’à partir du XXème siècle que certains entrepreneurs y voient un réel potentiel de développement urbain avec un nouvel intérêt dans les sports de loisirs de montagne et notamment le ski. En effet, dès le début des années 20, des premiers investisseurs s’intéressent aux villages de montagne à fort potentiels, comme le Baron de Rothschild pour le village de Megève au sein duquel il y développera un grand nombre d’infrastructures. Les progrès techniques amenés avec le développement de l’industrialisation, ont favorisé l’implantation des premières stations : grâce aux premières remontées mécaniques, le ski devient alors accessible à tous. La conquête des montagnes s’accélère à la fin de la Seconde Guerre mondiale : en 1946 est inaugurée la station de Courchevel 1850, la première station construite sur un site vierge. L’urbanisation de la montagne est alors lancée.

Les années 60 sonnent l’arrivée des Plans Neige, qui ont pour objectif de créer et d’aménager un grand nombre de stations de sport d’hiver en haute montagne. De 1964 à 1977, ce sont en tout 150 000 lits qui sont construits et répartis dans plus de 20 nouvelles stations et 23 déjà existantes. Ces nouvelles stations sont d’ailleurs des symboles de modernité : on y déploie des architectures novatrices, aux formes symbolisant les paysages de montagne, à la recherche d’une harmonie entre la ville et la nature. Les stations des Arcs, Aime 2000 ou encore Les Orres en sont des beaux exemples. On y construit des ensembles de logements aux pentes de toits assurées, avec des appartements de grande qualité, possédant bien souvent des terrasses et de grandes ouvertures sur l’extérieur. Ces architectures typiques des stations sont d’ailleurs aujourd’hui inscrites au patrimoine français du XXème siècle comme les chalets de HJ Le Meme à Megève, les immeubles de C. Perriand aux Arcs, Courchevel 1850, Flaine, Avoriaz ou encore Karellis.

photo de la station de flaine

Les immeubles de logement de la station savoyarde Flaine, imaginée par l’architecte Marcel Breuer, sont classés depuis 2008 “Patrimoine Architectural du XXème siècle” ©️DimiTalen sur Wikipédia

Aujourd’hui, les différents massifs montagneux français accueillent au total, 350 stations de ski. Les progrès techniques ont permis d’optimiser le fonctionnement des stations, en améliorant considérablement le confort de leurs usagers, ainsi que l’enneigement des pistes avec l’apparition de la neige de culture… L’arrivée du TGV en bas des pistes a également favorisé l’accès aux stations. Il est désormais possible depuis Paris d’arriver en 5 heures sur les pistes, une vraie révolution ! Mais pourtant, au-delà de ces progrès, un constat reste inévitable : les stations n’attirent plus autant qu’avant. Le manque d’enneigement dû au réchauffement climatique, le coût élevé des sports d’hiver et enfin bien entendu, la dangerosité du ski… Autant de critères qui en démotivent plus d’un.

 

 

Sans neige, quel avenir pour les stations de ski ?

Les montagnes françaises sont les premières à souffrir du réchauffement climatique en cours. Les effets y sont bien plus brutaux et plus rapides qu’ailleurs. D’après l’Observatoire régional des effets du changement climatique, les Alpes françaises, depuis 1960, ont connu une diminution de 30 % du manteau neigeux avec une augmentation de 1,6 degrés. Il neige de plus en plus tard et les saisons propices aux sports d’hiver finissent de plus en plus tôt, car avec l’augmentation de la chaleur ambiante, la limite pluie-neige grimpe de plus en plus, de 150 mètres pour chaque degré supplémentaire.

Les stations de ski subissent donc de pleins fouets ces changements météorologiques. À commencer par celles qui sont situées en basse et moyenne montagne, qui sont bien souvent de petits complexes souffrant plus rapidement du manque de neige. Pour éviter de mettre la clé sous la porte, la grande majorité de ces stations de ski assure l’enneigement des pistes de manière artificielle. Une solution temporaire mais pas forcément durable : les méthodes de production demandent d’importantes quantités d’eau, l’installation d’infrastructures coûteuses et participent à la dégradation des milieux naturels avec notamment le creusement de zones de stockage de la neige produite en montagne. En plus de tout cela, il semblerait que les conditions idéales nécessaires à la fabrication, c’est à dire une température extérieur de -10°C et 20% d’humidité de l’air, risquent d’ailleurs dans les prochaines années d’être de plus en plus difficiles à obtenir en montagne. Certains experts annoncent même que d’ici 2050, si le réchauffement climatique continue sur cette lancée, aucune station française ne serait en capacité de produire de la neige artificielle…

photo d un canon a neige en fonctionnement

Aujourd’hui, ce sont 20 % des pistes qui sont en moyenne enneigées de manière artificielle. ©️5598375 sur Pixabay

Il devient donc primordial pour les stations de repenser leur modèle. Car en effet, il semblerait bien que l’évolution des conditions météorologiques ne permette plus d’y skier sur l’ensemble de la saison hivernale. Pour cela, elles doivent également prendre part à une réflexion commune déjà menée sur l’ensemble des espaces urbanisés : leur impact écologique. Les exigences écologiques qui s’imposent désormais à ces espaces, et qui s’accroîtront certainement dans les années à venir, vont pousser les stations à requestionner leur mode de fonctionnement, que ce soit en terme de mobilité, de gestion des déchets, de logement, et de coût d’exploitation. Car concernant ces sujets essentiels au bon fonctionnement d’une entité urbaine, les stations de sports d’hiver sont bien souvent de mauvais élèves, l’industrie des sports d’hiver étant en effet une industrie très polluante.

Mais alors, s’il ne neige plus, et que l’on ne peut plus skier en station, de quelle manière, les stations de sports d’hiver vont-elles pouvoir se réinventer ? Une question qui se pose bien souvent dans ces espaces qui ont été conçus pour une seule fonction, en l’occurrence le ski. En effet, bon nombre de stations se trouvent aujourd’hui confrontées à la disparition de leur activité, comme l’ont été ces villes-usines, dont l’âge d’or fut l’ère industrielle, mais qui ont mis un certain temps non négligeable pour se reconstruire une nouvelle identité à la suite de la fermeture des usines.

Il semblerait donc pertinent pour les stations de sports d’hiver de se pencher dès à présent sur leur devenir afin de pouvoir en faire des espaces résilients.

 

Vers le quatre saisons des stations

L’une des particularités du fonctionnement des stations de ski est qu’elles fonctionnent principalement sur deux temporalités : l’hiver avec les sports de neige, et l’été avec les sports de marche et de course. Cette double activité saisonnière a de nombreux effets sur les stations : la saturation de ces villes sur ces deux périodes, leur inactivité pendant les temps creux, la précarité des emplois saisonniers et enfin, la faible part de résidents à l’année… Avec la diminution de l’enneigement, ce fonctionnement semble donc de plus en plus obsolète.

C’est pour cette raison que les exploitants de certaines stations, notamment celles de moyenne montagne, plus directement touchées par le réchauffement climatique, ont choisi d’étaler leur offre sur les 4 saisons de l’année. C’est le cas de la station de Puigmal dans les Pyrénées. Située à 1850 mètres d’altitude, la station ferme ses portes en 2013 après avoir fait faillite. Mais depuis le 21 décembre dernier, la station a réouvert, sous une forme totalement nouvelle. Au programme, aucune remontée mécanique; mais le développement de 29 parcours de ski de randonnée, de VTT, de trail, et de marche nordique. Le projet de réouverture, porté et soutenu par l’entreprise Rossignol, a une ambition précise : celle d’attirer un public plus diversifié sur l’ensemble de l’année en se détachant progressivement de la dépendance à la neige. Puigmal est la première station pyrénéenne à adopter ce nouveau type de fonctionnement sur 4 saisons, et rejoint ainsi les rares stations du territoire à l’avoir déjà mis en place.

photo de deux personnes descendant la montagne en VTT

Les montagnes sont prisées des amateurs de VTT qui viennent alors profiter des remontées mécaniques l’été ©️Gianni Crestani sur Pixabay

Dans le massif du Sancy, la station Superbesse a, elle aussi, appris à composer sans la neige. Depuis 2013, la station s’est, en effet, équipée d’une tyrolienne géante qui attire de nombreux amateurs de sensations fortes. Elle a également fait le choix de transformer son ancienne patinoire en centre ludo-sportif avec bowling, espace enfant, parcours acrobatique et tout récemment une piscine ! De quoi bien s’occuper si la neige ne fait pas son apparition.

Mais ces changements d’activités ne se cantonnent pas seulement aux petites stations. À Chamonix, au pied du massif du Mont-Blanc, on mise sur l’événementiel. Depuis 2018, la station organise fin avril, à la fin de la saison hivernale, un festival de musique : Musilac Mont-Blanc. Petit frère de l’incontournable festival Musilac, qui accueille chaque année plus de 90 000 visiteurs au bord du lac du Bourget, sa version montagnarde a pour but de diversifier les activités au sein de la station. Résultat, après l’intense activité liée au sport d’hiver, un pic de fréquentation vient dynamiser la station le temps d’un week-end d’avril.

La transformation entamée et future des stations de ski françaises pose cependant quelques questions. Le déploiement d’une offre de loisir importante étalée sur l’ensemble de l’année ne pourrait-il pas rapidement déboucher sur des stations ressemblant de plus en plus à des parcs d’attraction d’altitude à ciel ouvert ? Les activités touristiques propices aux 4 saisons ne participeront-elles pas à l’effacement des traditions paysannes et agricoles de ces territoires ? Alors qu’au contraire, dans une logique d’intégration et de résilience de ces espaces, la prise en compte de ces traditions pourrait être un moyen de fabriquer et de renforcer la présence d’espaces vivants et respectueux de leur environnement.

Une chose est sûre, la montagne reste un espace attrayant pour chacun, qui permet de se ressourcer loin des villes denses, bruyantes, et fatigantes : il s’avère donc nécessaire de protéger ces espaces, et d’en respecter leur caractère naturel. C’est en proposant de nouveaux espaces urbanisés repensés et en accord avec l’histoire et les traditions de ces espaces, qu’il sera possible de créer des liens sains entre montagne et présence humaine.

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Vos réactions

Camille Weber
20 février 2020

Bonjour,

Article très intéressant mais la conclusion laisse penser que finalement le respect de la biodiversité et la préservation des espaces ne sont finalement qu’anecdotiques: « C’est en proposant de nouveaux espaces urbanisés repensés et en accord avec l’histoire et les traditions de ces espaces, qu’il sera possible de créer des liens sains entre montagne et présence humaine. » Proposer de nouveaux espaces urbanisés?? En réponse aux changements climatiques? Il serait peut-être temps de plutôt miser sur le renouvellement des systèmes de chauffage dans les stations qui pour beaucoup fonctionnent encore au fioul, à des transports alternatifs à la voiture qui viennent polluer les vallées et enfin aux dameuses quotidiennes qui sont toutes alimentées en pétrole avant d’envisager une nouvelle urbanisation de ces espaces!! Arrêtons le green-washing à coup de promesses qui ne font que compenser, et pour une fois penser d’abord à changer nos habitudes et nos comportements!

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