Quel avenir pour les gares urbaines ? Focus sur le bassin de vie d’Avignon.

Gare d’Avignon Centre - crédit : Marianne Casamance sur Wikipédia
17 Juil 2020 | Lecture 7 minutes

Le développement du réseau des trains grandes vitesses en France a engendré d’importantes modifications des infrastructures ferroviaires existantes. Les moyennes et grandes villes se sont peu à peu dotées de gare TGV souvent excentrées des centres urbains. Peu à peu transformées, les gares de centre-villes et les petites gares de quartier ont souvent été réinvesties. Mais alors, pourquoi les villes s’intéressent à ces gares pour initier de profonds aménagements urbains ? Focus sur Avignon !

Bassin de vie dynamique, avec plus de 530 000 habitants, l’aire urbaine d’Avignon est située à un emplacement stratégique au cœur de la vallée du Rhône, entre Lyon et Marseille, mais aussi située sur l’arc méditerranéen, et différents axes majeurs à l’échelle nationale et internationale. Cela en fait un des lieux incontournables de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui prend place dans un écosystème en émergence, composé d’ensembles métropolitains voisins, comme ceux d’Aix-Marseille ou de Montpellier-Nîmes-Alès.
Et cela sans compter sur la qualité de son patrimoine historique, ses paysages et son cadre de vie attractif. Bordée par ses remparts en son centre, Avignon reste une ville à taille humaine où la vie culturelle et économique est riche, comme en témoigne par exemple le Festival d’Avignon.

À première vue, difficile de croire que la réflexion sur les gares de la ville ait un quelconque rôle à jouer dans ces différentes dynamiques, et pourtant ! L’agglomération d’Avignon se voit développer différents projets complémentaires qui viennent illustrer comment se pensent aujourd’hui les mobilités, mais surtout le renouveau des quartiers de gare. Alors, venez avec nous décrypter trois grands projets de requalification urbain de gares qui viendront changer le visage d’Avignon.

Le futur quartier de la Gare Avignon Confluence TGV

Mise en service au début des années 2000, la Gare Avignon Confluence TGV a été créée en périphérie de la ville d’Avignon. Elle répond ainsi à la mouvance des “gares nouvelles”, des gares modernes aménagées directement sur le tracé des lignes à grande vitesse. Excentrée, elle est à son origine déconnectée du centre ville d’Avignon, n’en faisant pas la desserte ferroviaire. Dorénavant, depuis 2013, un raccordement ferroviaire connu sous le nom de “Virgule d’Avignon”, permet une liaison en train directement vers la gare urbaine Avignon Centre.

L’urbanisation de la métropole Avignonnaise a peu à peu rattrapé le périmètre de la gare TGV d’Avignon, se structurant autour d’elle. Se dessine alors un quartier à la confluence du Rhône et de la Durance, qui regroupe 150 hectares à aménager autour de la gare, est qui a vocation à devenir une nouvelle centralité pour la métropole : Avignon Confluences.

Ainsi, la communauté d’agglomération du Grand Avignon souhaite dessiner un quartier mixte attractif, mêlant logements, bureaux et commerces, pour faire émerger une nouvelle centralité économique, regroupant plus de 300 entreprises à quelques kilomètres du centre d’Avignon.

Quartier de la gare TGV d’Avignon - Crédit : MattMoissa sur Wikipédia

Quartier de la gare TGV d’Avignon – Crédit : MattMoissa sur Wikipédia

Mais comment créer un quartier qui s’inscrive en totale continuité avec le centre urbain d’Avignon ? Comment faire bénéficier davantage au territoire de l’attractivité de ce hub national ? Étant au cœur de l’initiative de ce projet d’ampleur, la gare TGV est en effet un atout de taille, permettant une liaison avec l’échelle régionale et nationale. En développant un nouveau quartier de gare, l’objectif est donc de connecter l’agglomération d’Avignon au reste des bassins économiques régionaux et nationaux pour renforcer son attractivité entière.

Cependant, à l’échelle locale, ce nouveau développement se heurte à la coupure physique des installations ferroviaires qui viendront limiter certaines connexions avec les quartiers limitrophes. Pour éviter un repli du nouveau quartier, ou la naissance d’un lieu de vie coupé du reste de l’agglomération, la question des mobilités est donc cruciale. Ce travail des mobilités s’appuie sur un des autres atouts du site : le paysage. À la confluence entre les rives de la Durance et du Rhône, le projet vise à tisser des ponts avec le grand paysage pour proposer un lieu de vie agréable et apaisé à ses futurs habitants ou usagers, avec la création de promenades, notamment le long des berges, de cheminements végétalisés, ainsi que des parcs pour des espaces de respirations et de détente.

Il s’agira donc de parvenir à créer une réelle connexion avec le reste de la ville, notamment en dessinant un axe direct de 3 kilomètres, mais aussi en favorisant les modes de transports doux et en transports en commun avec une desserte en tramway. De plus, la rocade sera transformée en boulevard urbain, ce qui permettra son abaissement et donc une réelle continuité entre le quartier de la gare TGV et celui du centre-ville.

Repenser le parvis de la gare centre

Alors que la gare TGV se voit devenir le centre névralgique du déploiement de tout un quartier, la gare centre qui donne sur l’entrée des remparts du centre-ville d’Avignon suit aussi une dynamique de revitalisation. Mais cette fois, il ne s’agit pas de développer un ensemble urbain, mais plutôt de l’adapter aux besoins actuels et de la doter d’espaces publics de qualité.

L’offre servicielle de la gare centre d’Avignon n’a pas évolué aussi vite que les besoins, ce qui en fait perdre ce hub essentiel son attractivité, faisant de lui un espace aujourd’hui obsolète. Dans la logique Action Cœur de ville, visant à redynamiser les centres-villes des villes moyennes, il s’agit de transformer la gare centre en réel Pôle d’Échanges Multimodal en remodelant l’espace urbain. L’idée est de rendre le hub plus attractif, pour privilégier le report de l’utilisation de la voiture pour l’utilisation de modes de transports plus respectueux de l’environnement. Il se révèle aussi la nécessité de concevoir un véritable pôle multimodal pour Avignon centre avec la création d’une nouvelle gare routière.

À la manière de nombreuses gares urbaines, proches des cœurs urbains, le premier enjeu est de faire évoluer le parvis et les espaces avoisinant la gare pour favoriser le développement de l’offre de mobilités. La mise en place de pistes cyclables le long des remparts a donné un nouvel élan à la pratique du vélo et le tramway offre un nouveau moyen de transport rapide qui passe par la gare. De plus, le projet prévoit un élargissement des espaces piétons ainsi qu’un ajout de lignes de bus.

La ville a déjà effectué d’important travaux de voiries à proximité de la gare pour favoriser les modes doux

La ville a déjà effectué d’important travaux de voiries à proximité de la gare pour favoriser les modes doux

La ville a déjà effectué d’important travaux de voiries à proximité de la gare pour favoriser les modes douxTout l’enjeu sera donc de créer pour cette gare très fréquentée, un large parvis digne des places de gare, qui fera honneur et mettra en valeur le patrimoine d’Avignon, tout en parvenant à simplifier les accès et rénover les infrastructures existantes. Plus que de construire, il s’agit surtout d’organiser les fonctions qu’offrent ce lieu central dans la vie des usagers, visiteurs ou habitants, tout en développant les modes doux. Concrètement, deux pavillons d’environ 1000 m2 de services, abritant une agence de transport, une consigne à vélos ou encore des espaces de restauration, verront le jour sur le parvis de la gare centre d’ici fin 2023. 

Réinvestir les gares de quartier : la gare Montfavet

À quelques kilomètres d’Avignon, la petite ville de Montfavet d’environ 14 000 habitants vit une dynamique différente, mais en continuité avec ces consœurs avignonnaises. Le quartier de la gare Montfavet fait en effet l’objet d’un projet urbain visant à reconnecter la gare excentrée située à 600m du noyau villageois. Bien qu’efficacement relié par les transports, il existe encore le besoin de renforcer urbanistiquement ce quartier tout en améliorant l’intermodalité.

Gare de Montfat, en banlieu d’Avignon

Gare de Montfat, en banlieu d’Avignon

L’opportunité de créer un quartier de gare engendre toute une nouvelle dynamique urbaine qui vise à la densification et la diversification du centre, tout en étirant le cœur de ville pour retisser des liens le tissu pavillonnaire plus excentré. Il s’agit aussi, par la création de nouvelles voiries visant à développer les connexions, notamment par des modes doux, de mettre en relation les différents espaces publics. Enfin, à l’image de la gare centre d’Avignon, il est prévu de développer un pôle modal connecté au centre et en lien avec Agroparc, le Technopole de l’agglomération d’Avignon, pour renforcer le rôle de la gare.

D’ici 2030, le projet du quartier de gare amorcera une programmation variée mêlant diverses typologies de logements, espaces de bureaux et dédié à l’artisanat, ou encore commerces et équipements. A cela s’ajoute un travail fin sur les liens entre différentes les entités urbaines à priori disparates, pour réduire les distances et améliorer les proximités, ici entre la petite centralité commerciale du centre bourg de Montfavet et le reste des quartiers, mais aussi avec un territoire plus lointain comme l’Agroparc. Cela vise à dessiner une cohérence globale à l’échelle du quartier qui a subi l’apparition de nombreuses zones aménagées petit à petit, tout en complétant ce développement par l’installation de nouveaux équipements (bureaux, ateliers d’artisanat…) et logements qui sont censés répondre à une possible densification au sein et autour de ce nouveau quartier de gare et créer de micro-intensités complémentaires.

Mais alors, quel avenir pour nos quartiers de gare ?

Avignon apparaît donc comme un cas d’école dans la requalification de ses quartiers de gare. La ville a su identifier les potentiels de ces espaces concentrant des flux importants de voyageurs en s’emparant des problématiques propres à chaque espace. À l’instar d’Avignon, de nombreuses villes se sont dotées d’une gare TGV, éloignée de leurs centres urbains, et se retrouvent aujourd’hui obligées de repenser l’ensemble de leurs gares.

Les nouvelles gares sont aujourd’hui souvent déconnectées de leurs territoires. Il semble indispensable de les inscrire dans une logique englobante, via des connexions par des mobilités plus légères et plus douces, mais aussi par le développement de quartiers attractifs, vivants et mixtes tout autour.

Le développement des mobilités douces vient également modifier l’aménagement de ces quartiers : les gares devront devenir des pôles multimodaux et proposer une offre servicielle de qualité, nécessitant de fait des aménagements au sein de leur quartier. À Lyon, la gare de la Part-Dieu, en pleine reconfiguration, a choisi d’aménager au sein de son parvis, un pôle multimodal accueillant un parking vélo de 500 places, un accès taxi, des parkings courtes et longues durées. Il y a donc bien un changement de paradigme : la gare de centre-ville n’est plus vue comme un espace de départ ou d’arrivée, mais comme un maillon d’un trajet, permettant de connecter les usagers à différentes formes de mobilités.

Enfin, les petites gares de quartier, souvent délaissées pour la voiture, cherchent aujourd’hui à devenir des pôles de dynamisme à une échelle locale. Elles assurent des connexions rapides à de nombreuses autres petites gares et permettent donc à de nouvelles entreprises, habitants, d’investir et de réactiver des zones urbaines en perte de vitalité. L’aménagement de ces quartiers, offrant souvent de bonnes opportunités foncières, doit également anticiper les besoins de mobilités, notamment douces permettant aux voyageurs de rejoindre leurs logements en toute facilité. Il doit également permettre l’installation de nouveaux équipements profitant à l’ensemble de la zone.

Les quartiers de gare ne sont donc pas des espaces à négliger dans l’aménagement urbain. Malgré leur diversité, la présence d’une gare assure la présence de nombreux voyageurs, une offre de mobilité et donc une attractivité certaine pour l’implantation de logements et de bureaux pour de nouveaux arrivants.

Ces quartiers ont plus que jamais un rôle clef dans la conception des villes durables de demain : l’évolution du climat nous pousse aujourd’hui à repenser nos modes de transports, plus respectueux de l’environnement. Ils doivent donc participer activement à l’implantation de mobilités douces et promouvoir des modes de vie écologiques.

Lumières de la Ville
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