Port de plaisance : le Grand Paris en vogue

Balade sur le Canal de l'Ourcq dans la forêt de Sevran
29 Mai 2019

Nouveaux produits urbains, les ports de plaisance se multiplient sur les rives de l’Oise, de la Marne et de la Seine. Inspirés du succès du Port Cergy conçu il y a trente ans, ces projets immobiliers espèrent revaloriser des territoires d’Île de France grâce au tourisme et aux loisirs nautiques.

Balade sur le Canal de l'Ourcq dans la forêt de Sevran

Balade sur le Canal de l’Ourcq dans la forêt de Sevran – Wikipédia

Le Grand Paris en vogue

« Le terrain est bien placé, entre l’église, la base de loisirs et la fin du secteur de la préfecture. C’est là qu’a germé l’idée d’un quartier thématique : mettre la ville au bord de l’eau », raconte Jean-Paul Rault, l’historien de l’agglomération de Cergy-Pontoise au Parisien. En 1991, la ville de Cergy dans le Val d’Oise inaugurait la première marina d’Île de France : “Port Cergy”. Un port de plaisance accueillant 70 bateaux au cœur du vieux quartier, devenu une zone piétonne de terrasses et de restaurants. Aujourd’hui, une dizaine de projets similaires fleurissent aux nouveaux horizons du Grand Paris.

Sur le canal de l’Ourcq à Pantin, sur la Marne à Coupvray ou Nogent-sur-Marne, sur l’Oise à Creil ou l’Isle-Adam, enfin sur la Seine à Limay ou Verneuil-sur-Seine… En cherchant un petit peu on trouve facilement une douzaine de projets dont l’avancement varie. Certaines villes réaménagent un port existant, d’autres s’inventent un nouveau lien avec l’eau qui n’existait pas avant, profitant d’une friche industrielle sur la rive par exemple. C’est le cas à Cormeille-en-Parisis, commune de 24 000 habitants où l’ancienne cimenterie Lafarge est abandonnée depuis quelques années. Acquis fin 2016 par Bouygues Immobilier, le terrain de 22 hectares prévoit un bassin pour 200 bateaux et un quartier de plus de 1 000 logements avec des hôtels et des commerces.

Un quartier façon carte postale

Ce nouveau quartier permettra à la ville de s’étendre vers le sud et d’avoir son premier accès direct à l’eau. Un scénario qui fait rêver Cormeille-en-Parisis, qui se voit déjà devenir une destination de villégiature. Façon Côte d’Azur, les habitants – dont les logements auront une vue imprenable sur les boucles de la Seine – pourront un jour faire la sieste sous le soleil bercés par le clapotis des bateaux étincelants dans l’eau. Avec cette carte postale en tête, on comprend mieux l’engouement des communes franciliennes pour les marinas.

Cet enthousiasme est d’autant plus compréhensible qu’il permet à des communes de revaloriser leur territoire à moindre frais. En effet, selon les cas de figure, la construction d’un port de plaisance peut se faire à coût zéro pour la municipalité : « Le port et le quartier ne coûteront pas un centime à la commune, même l’école sera payée par l’aménageur », se félicite dans les colonnes du Monde Yannick Boëdec, le maire de Cormeille-en-Parisis. En effet l’ampleur du projet permet à UrbanEra, (la filiale urbanisme de Bouygues Immobilier) de lui trouver un équilibre financier.

Illustration du projet de marina à Cormeille-en-Parisis

Illustration du projet de marina à Cormeille-en-Parisis – UrbanEra

La « plaisance mania »

Si de plus petits projets nécessitent des investissements de la commune et du département, le succès de Cergy est là pour encourager les velléités. Après trente ans d’exploitation, Port Cergy affiche un coefficient de remplissage avoisinant les 100%. À tel point qu’une extension Port Cergy 2 est à l’étude. Saturée, la première marina ne serait plus rentable : « Port-Cergy 2 sera le bol d’oxygène qui apportera toute la dimension économique et touristique à Cergy-Pontoise » estime Ludovic Richard, directeur général de Sodeports, qui gère le port actuel.

On peut imaginer comment cette tendance urbaine en Île de France pourrait faire le bonheur des armateurs et du marché des loisirs nautiques. En mouvement depuis quelques années, le marché bénéficie de l’arrivée de nouveaux acteurs numériques qui bousculent les usages. Jusque-là largement sous-utilisés, les bateaux de plaisance privés restaient à quai 350 jours par an en moyenne. En lançant leur plateforme de location entre particuliers, Click&Boat, Samboat et d’autres ont ouvert une brèche pour un nouveau public. Comme Drivy l’a fait pour la voiture, ils permettent de profiter facilement d’un bateau sans en être propriétaire pour autant, et à des prix inférieurs que la location professionnelle. Ils oeuvrent ainsi pour la démocratisation des pratiques nautiques et augmentent la fréquentation des ports de plaisance.

Les loisirs nautiques débarquent sur les plateformes numériques ?

Les loisirs nautiques débarquent sur les plateformes numériques ? – Airbnb

Des projets retenus à quai

Cet alignement des astres entre le renouveau du marché nautique et l’engouement pour les marinas a tout pour réussir. Pour autant, et comme dans tout projet urbain, les obstacles sont nombreux. À Nogent-sur-Marne, le lauréat du concours « Inventons la métropole du Grand Paris » prévoyait la construction d’un projet de port de plaisance accolé d’une tour de logement de 18 étages. Après avoir manifesté leur désaccord, les habitants ont obtenu du maire que la copie du lauréat Sogeprom soit revue. Mais sans ces logements, difficile de savoir comment l’équilibre économique du projet sera maintenu.

Autre problématique, à Verneuil-sur-Seine les habitants s’inquiètent de la destruction d’un milieu naturel sauvage par le projet de marina soutenu par la ville. Pollué et à l’abandon depuis 20 ans, l’ancien site industriel de Caterpillar a été en effet le refuge de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs rares en Europe. Soucieux de préserver ce patrimoine, les Vernoliens réunis en association se sont récemment rapprochés de deux étudiantes en architecture dont le projet de fin d’étude portait sur cette zone. Après avoir imaginé une base nautique et une zone d’aménagement concertée, les deux étudiantes qui présentent leur travail en avril à la Mairie ont finalement orienté leur projet vers la protection de l’environnement local. « On s’est rendu compte qu’on avait fait fausse route » admettent-elles dans les colonnes du Courrier des Yvelines.

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Vos réactions

Mesponard Etienne
3 juin 2019

Démocratisation, accessibilité, facilité : la nouvelle plaisance inspire ! J’espère que les projets verront le jour malgré les obstacles toujours aussi inévitables.

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