L’espace : vers des villes en apesanteur

28 Nov 2018

Depuis le premier vol orbital du satellite russe Spoutnik 1 en 1957, l’homme n’a jamais cessé d’innover pour explorer l’espace. Le 12 avril 1961 s’ensuit le 1er vol habité par vol orbital du satellite soviétique, celui de Youri Gagarine, qui est le premier homme à réaliser une telle mission. Quelques années plus tard, l’astronaute Neil Armstrong fait ses premiers pas sur la Lune, le 20 juillet 1969. Mais notre intérêt pour l’espace ne se limite pas à ces deux évènements, il remonte encore plus loin ! Dès l’Antiquité, Lucien de Samosate évoque le voyage spatial dans une odyssée et il sera suivi à la Renaissance par Ludovico Ariosto ou L’Arioste, Fontenelle, Voltaire et bien d’autres. Avant notre époque, le peu de connaissances sur le ciel fait de l’espace un mystère absolu où s’affrontent, dans l’Antiquité, les mythes avec l’observation et la cosmologie, puis, au Moyen-Age, l’astrologie avec l’astronomie. Une curiosité insatisfaite entre imaginaire et recherches observatoires rationnelles qui alimentent un attrait pour l’espace et qui nous amène à imaginer un mode de vie proche de nos villes terrestres pour nous projeter dans un univers bien réel mais inconnu. Alors, comment l’espace a-t-il pu inspirer l’imaginaire de nos villes pendant de si longues années ? Quels sont les inventions qui nous ont permis d’arriver à ce stade d’exploration ? Où en sommes-nous aujourd’hui et quels ont été les freins à cette colonisation spatiale tant rêvée depuis des millénaires ?

Illustration du roman “de la terre à la lune” de Jules Vernes

Illustration du roman “de la terre à la lune” de Jules Vernes

Un imaginaire interstellaire né d’une longue période de gestation

Entre les premiers rêves de voyages interstellaires et l’envoi du premier homme dans l’espace, il s’est déroulé une longue période de gestation. Le manque de moyens techniques pour explorer l’espace ne participait pas à démontrer un intérêt pour une exploration qui, souvent, était considérée comme le territoire des dieux. Ce n’est qu’au début du 17ème siècle que la première longue vue inventée par l’opticien hollandais Hans Lippershey fait son apparition pour être reprise par Galilée qui l’améliore afin d’observer les étoiles.

L’espace restait donc source de questionnements et d’inconnus. L’imaginaire, souvent limité aux astres visibles depuis la Terre comme la Lune, Mars ou Vénus, se nourrissait de ces interrogations pour former des mythes, représentatifs de l’environnement et de la façon d’y vivre. Ainsi, ils cherchaient à expliquer la Terre, la nature et les catastrophes naturelles par l’héliocentrisme. La Terre faisait partie du centre du cosmos, monde parfaitement ordonné. Dans les poèmes d’Homère, ce cosmos est un tout, intouchable, qui peut se retourner contre les hommes dans le monde terrestre, contre Ulysse en l’occurrence. Pour aller plus loin, Lucien de Samosate imagine ses protagonistes voyager vers la lune et conçoit les premiers moyens de transport qui nous mènerait vers les étoiles. Ces derniers s’apparentaient à ceux de l’époque comme les bateaux, les chevaux, les aigles, ou encore les canons et les fusées.

Pendant l’Antiquité, au delà de l’imaginaire de Lucien de Samosate, c’est le développement des mathématiques qui a grandement contribué à faire de l’astronomie ce qu’elle est aujourd’hui. Au Moyen-Age, en opposition au développement de l’astrologie, l’astronomie était déjà étudiée pour tenter d’imaginer l’avenir par la compréhension de l’origine de toute chose. Au 12ème siècle s’observe alors un envol du savoir scientifique et des progrès techniques d’observation.  Léonard de Vinci invente la première machine qui pourrait se rapprocher des étoiles et un peu plus tard au 16ème siècle, Galilée et Kepler observent le ciel d’un peu plus près à travers les premières lunettes astronomiques grossissant jusqu’à 6 fois les objets observés. Dès lors, ils décident de dresser les premières cartes astronomiques, convaincus qu’elles serviraient plus tard aux “navigateurs des airs”. Pendant le siècle des lumières, l’attraction universelle, la forme de la terre et les mesures de la terre. Par exemple, la physique Newtonienne établie par Isaac Newton au 17ème siècle sera exploitée par les savants mathématiciens du 18ème siècle, Euler, d’Alembert, Lagrange qui développent des outils mathématiques pour mieux exploiter ses principes.

Mais ce n’est qu’à partir du 19ème siècle que l’on commence à explorer le ciel. Des progrès techniques comme les voyages en montgolfière de Pilâtre de Rozier permettent d’envisager une véritable exploration. A côté de ces avancements concrets, la littérature d’anticipation devient très réaliste avec “de la terre à la lune” de Jules Vernes sorti en 1865 et “les premiers hommes dans la lune” de H.G. Wells sorti en 1901. Vers la deuxième moitié du 20ème siècle, les auteurs de science-fiction nourrissent un imaginaire ne laissant plus de doutes sur l’existence d’autres formes de vie dans l’espace, d’autant plus qu’il est couplé de nombreuses missions spatiales à succès qui s’enchaînent et nourrissent un attrait toujours plus grand pour de futures conquêtes.

On le voit donc, l’imaginaire humain à propos de l’espace s’est bien étoffé et a participé à concevoir un embryon de savoirs, socle des prémices d’une nouvelle ère, celle de l’exploration spatiale.

Le début de l’ère spatiale : les ambitions se dessinent…

Avec suffisamment de connaissances acquises depuis la Terre grâce au perfectionnement des outils d’observations, des idées de conquête spatiale commencent à mûrir. Ayant bien conscience des limites physiques, technologiques et humaines qui empêcheraient toute vie intergalactique d’exister, les scientifiques imaginent de nouvelles techniques défiant les phénomènes spatiaux. Par exemple, il recréent de l’apesanteur pour contrer l’effet de la gravité. En ce sens, plusieurs modèles de stations spatiales utopiques pour coloniser l’espace telles que la sphère de Bernal, la Tore de Stanford ou le cylindre O’Neill sont imaginées.

Proposée en 1929, la sphère de Bernal est une coquille creuse de 1,6 km de diamètre, remplie d’air, pour accueillir une population de 20 000 à 30 000 personnes ! Une autre station spatiale, cette fois en forme de roue tournant sur elle-même pour créer une gravité artificielle par rotation, est imaginée en 1905 par Herman Potocnik, un précurseur des voyages longue durée de l’homme dans l’espace. Parmi les autres pionniers de la conquête spatiale, on retrouve Willy Ley et Wernher von Braun qui inventent dans les années 50 une roue tournante capable d’accueillir jusqu’à 80 personnes.

En 1957, le premier vol de Spoutnik stimule d’autant plus l’esprit des scientifiques et leur fascination pour le cosmos. L’idée de la roue qui tourne sur elle-même est reprise dans les années 70 par les ingénieurs de la NASA qui imaginent des stations spatiales habitées en orbite autour de la terre : la Tore de Stanford. Une Terre bis, enfermée dans un anneau de verre, capable d’accueillir 10 000 personnes. Elle se composait d’éléments paysagers terrestres imitant la terre et d’un axe central pour gérer le maintien de l’écosystème. Ces dessins ont vu le jour avec l’ISS en 1988. Bien plus modeste, la station qui peut loger 6 scientifiques de l’espace montre déjà les prémices d’une possible colonisation de l’espace.

Station spatiale habitée imaginée par des ingénieurs de la NASA : Tore de Stanford, 1975

Station spatiale habitée imaginée par des ingénieurs de la NASA : Tore de Stanford, 1975

Une influence de l’imaginaire spatial urbain, sur les villes d’aujourd’hui ?

L’imaginaire de la colonisation spatiale a aussi eu des répercussions sur les villes terrestres. Des formes de l’architecture à la gestion des villes en passant par leur organisation, la science-fiction se retrouve un peu partout. Les formes cultes de Star Wars s’impriment dans certaines architectures d’aujourd’hui et, à l’inverse, des pans entiers des villes de Star Trek s’inspirent de points de repères historiques dans les villes de Londres, de York, de San Francisco et de Los Angeles.

Ainsi, des bâtiments comme la villa faucon millenium réalisé par l’architecte australien Charles Wright, la Technosphère conçu par James Law ou la Casa da Música par l’architecte néerlandais Reem Koolhas prennent la forme de vaisseaux spatiaux assez aisément comparables que l’on retrouve dans Star Wars.

La villa faucon millenium

La villa faucon millenium © Charles Wright, la Technosphère © James Law Cyber Architecture, la casa da Música, © Reem Koolhas

Pour ce qui est de l’organisation des villes, des monuments historiques emblématiques comme le Golden bridge et la pyramide Transamerica de San Francisco apparaissent en arrière plan des scènes du QG et de l’académie Starfleet dans Start Trek Beyond. De plus, l’académie est le bâtiment central du campus de l’université de l’état de californie à Los Angeles. Dans la même ville, le film utilise aussi le Getty Center par l’architecte Richard Meier. Les villes spatiales s’inspirent de ces monuments et de grattes ciels pour présager le paysage futuriste associé à des constructions terrestres anciennes, laissant entrevoir l’histoire et les cultures des villes.

Un autre élément à mettre en avant est la façon dont les représentations spatiales partent de constructions et d’aménagements connus pour se projeter dans des futurs lointains. Au delà des points architecturaux, Star Trek s’inspire donc des formes des villes comme Londres en sauvegardant une identité de densité et de diversité dont un design gothique que nous connaissons. De même, le design urbain est bien pensé dans la station spatiale de Starfleet avec un traitement paysager qui encadre les colonnes centrales de la ville et la partie centrale est structurée par des étendues d’eau. Les ponts en suspension dans les airs connectent chaque rive et les espaces publics sont centrés sur les piétons.

Yortown station

Yortown station, © Star Trek Beyond

Les étoiles ont séduit les hommes de tout temps et l’exploration spatiale semble être une suite logique aux conquêtes terrestres. L’espace étant plus difficilement atteignable, son étude a demandé plus de temps avant que la première station et le premier homme ne se puissent toucher les étoiles. Longtemps objet de fantasmes, de nombreux projets utopiques ont été imaginés et l’espace attise toujours plus la curiosité. Entre stations spatiales habitées et voyage exploratoire de l’univers, les projets se heurtent à des obstacles plus ou moins contournables. En appui sur les esquisses du 20ème siècle, certains projets contemporains prennent la suite d’anciens projets comme Icare suit Daedalus. Bien qu’encore loin du compte, ces projets se rapprochent-ils des objectifs de vie intergalactique? La suite au prochain épisode..!

Lumières de la Ville

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