Les stations de métro revisitées : vers un nouveau mode de vie ?

Projection architecturale du projet de Penn Station
29 Juil 2019

Les métros ont longtemps été des lieux de passage permettant aux citadins de se déplacer d’un bout à l’autre de leur ville. Longtemps inexploités, voire abandonnés, ces espaces souterrains représentent pourtant un potentiel pour contrer l’étalement urbain et la congestion automobile ! Alors que la densification et l’urbanisation croissante fait pression sur la ville, que l’espace vient à manquer et que la congestion se fait de plus en plus forte, urbaniser les souterrains des métros jusqu’alors inexploités apparaît comme une opportunité. Aujourd’hui d’anciennes rames de métro deviennent, depuis quelques années, l’objet de réflexions innovantes avec des appels à consultation d’envergure internationale, comme la seconde édition “Réinventer Paris : les dessous de la ville”.

Gare T-Centralen, Stockholm, Suède

Gare T-Centralen, Stockholm, Suède

Avec des idées originales, cette édition a exploité un univers urbain jusqu’alors oublié. Si les souterrains des métros désaffectés sont longtemps restés des lieux essentiellement fonctionnels, cette initiative les questionne une nouvelle fois pour les transformer en de nouveaux lieux de vie. Effet de mode ou brillant futur des villes, quel avenir se dessine pour les souterrains métropolitains ?

Les métros du monde, plus qu’un lieu de passage ?

Si le métro est soumis à divers questionnements sur son devenir, qu’en est-il de son état actuel ? Alors que le métro souterrain a vu le jour en 1863 à Londres et en 1900 à Paris, sa fonction première était de faciliter la mobilité. Mais avec le temps, d’autres fonctions s’y sont progressivement annexées pour fusionner. C’est le cas dans plusieurs villes où boutiques de vêtements ou souvenirs, mais aussi restauration et autres services divers, tel que des serruriers ou des supermarchés, longent les couloirs de connexion des différentes rames. Châtelet les Halles et sa Canopée qui réunissent centralité de lignes de métro, centre commercial et espace public extérieur en sont un exemple symbolique.

Outre Atlantique, Penn Station avec ses 600 000 visiteurs par jour à New York renaîtra bientôt pour laisser place à un hub moderne d’ampleur internationale alliant mobilité et commerces. Actuellement en cours de rénovation depuis juin 2019, la station, qui comprend à la fois des lignes de métro et des lignes de train, se verra affublée d’une façade de verre pour laisser entrer la lumière. Celle-ci s’ouvrira sur de nouvelles entrées et verra l’immeuble de la Farley Post Office rénové pour accueillir une partie de la gare, des bureaux et des boutiques.

Projection architecturale du projet de Penn Station

Projection architecturale du projet de Penn Station ©Governor Andrew Cuomo

Mais d’autres stations dans le monde vont au-delà du simple aspect fonctionnel, comme le métro de Stockholm qui se révèle être en lui-même une œuvre artistique. Celui-ci est en effet devenu une grande galerie d’art. Quatre-vingt-dix de ses stations sont décorées par les œuvres de près de 150 artistes. Ces installations artistiques datent des années 1950 à 2000 et regroupent à la fois sculptures, peintures, mosaïques. Trois stations se démarquent : la station Kungsträdgården dont le site archéologique a été reconstitué, la Solna Centrum remarquable pour son élan géant et la station T-Centralen. Dans la même veine, la station de Olaias à Lisbonne a été décorée par des artistes lors de l’exposition universelle de 1998.

Les métros asiatiques ne sont pas en reste avec la station Bund à Shanghai, dans le quartier huppé du même nom, qui offre un décor original se poursuivant dans le tunnel qui part de Puxi en direction de Pudong. Dans la même veine, la station Kaohsiung Narciso Junket, à Taipei.

Certaines stations créent même du lien avec ce qui se passe à la surface. Comme la station Ploshchad Revolyutsii (place de la révolution) à Moscou qui arbore des statues de bronze de personnalités célèbres. Ou bien les stations de métro parisiennes, comme la station du Louvres-Rivoli qui fait continuité avec le fameux musée, ou encore à Athènes, l’Acropolis Station qui fait bien sûr référence à l’Acropole juste au-dessus. Ce détournement de la fonction primaire du métro crée un double usage, alliant le fait de se déplacer avec l’art et la culture. Ces métros peuvent alors apparaître aussi comme des lieux de visite plutôt que de simples espaces de transit et passage…

Station Louvre-Rivoli

Station Louvre-Rivoli ©Wikipedia

Les métros désaffectés sont également des lieux de légendes qui nourrissent les récits des guides touristiques du tube à Londres. Chaque station abandonnée a son histoire de fantômes comme la station King Cross. Victime d’un incendie vers la fin des années 90,  elle hébergerait, selon la légende, le fantôme d’une femme qui pleure et court à travers les passagers surpris. Ainsi, les stations de métro deviennent le terrain de jeu d’activités culturelles et de divertissement, déjà un détournement qui ne va faire que s’accentuer dans les années à venir avec le développement de grands projets urbains.

Les métros désaffectés, un potentiel urbain mis à contribution

L’intérêt pour l’aménagement des métros débute dès les années 60, avec la construction de 30 km de galeries sous terre à Montréal. En lien avec le développement du métro qui prend la forme d’un réseau piétonnier sous le centre-ville, RESO, relie les tunnels et les galeries aux édifices intérieurs de plusieurs bâtiments de bureaux, de résidences ou encore de complexes commerciaux.

Commerces au sein du RESO à Montréal

Commerces au sein du RESO à Montréal © wikimedia

La ville de Paris, quant à elle, étudie aujourd’hui avec conviction le développement de ses sous-sols, une opportunité pour optimiser l’espace. Ainsi, les souterrains font aussi l’objet de nouveaux appels à projet comme “Réinventer Paris”. Dans le cadre de la deuxième édition “les sous-sols de Paris”, 20 projets ont été choisis pour construire sous terre. Parmi eux, quelques projets de stations de métro désaffectées qui les font revivre. Ainsi, trois projets novateurs s’emparent de trois anciens quais et tunnels de métros souterrains.

La première, portée par Novaxia, innove en misant sur la création d’un espace ouvert au public, entre marché et food court souterrain : le Terminus. Celui-ci prend place dans l’ancienne station de la Croix-Rouge, dans le 6ème arrondissement de Paris, qui se trouve entre Mabillon et Sèvres-Babylone. Fermée en 1939, elle se trouve sous la place Michel Debré qui se spécialise aujourd’hui dans la gastronomie avec l’école de cuisine parisienne Ferrandi.

Station désaffectée de la Croix Rouge

Station désaffectée de la Croix Rouge ©Vincent Desjardins

Quant à la station Palais Royal Musée du Louvre, c’est une galerie média qui est conçue sous la place du Palais Royal, par le groupement Urban Rhizomes Conseil et l’agence François Fontès. Lauréats de l’appel à projet de la galerie Valois se situant entre la ligne 1 et la ligne 7, l’équipe a misé sur l’aménagement d’un espace de 40 mètres de long et 6 mètres de large. Elle pourra projeter diverses images comme ceux des monuments situés à proximité comme la Comédie Française, la Fondation Cartier ou le Palais du Louvre, mais aussi des événements comme les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

Si les projets mixtes se développent, tout ne peut pas être imaginé dans ces sous-sols parisiens. Il reste des contraintes sécuritaires et de normes qui limitent les aménagements à des espaces dédiés à des expositions ou de l’évènementiel, et des espaces de convivialités. Deux projets de station de métro n’ont pas reçu de candidats comme la station du champs de Mars dans le 7ème arrondissement et la station de métro Saint Martin. Ces appels à projets plus atypiques et potentiellement plus difficiles à constituer, peuvent avoir freiné les candidats d’après la RATP. Reste à voir le résultat des deux projets lauréats pour juger du réel potentiel de ces espaces souterrains.

D’ailleurs, la rénovation de stations de métro souterrain fantôme font face à une contrainte de taille : une surface restreinte. Néanmoins, l’Esplanade des Invalides fait exception avec 18 000 m² regroupant plusieurs lignes : la ligne 8, la ligne 13 et le RER C mais aussi un commissariat de police, une fourrière et un restaurant. Pour répondre à cette complexité, l’architecte qui pilote le projet, Dominique Perrault, prévoit sous la place des Invalides un projet d’envergure nommé Aérog’Art. Il ouvrira ses portes en 2025 pour mettre à disposition des habitants un espace d’exposition aux métiers d’art. Les différentes fonctions seront reliées par une place publique à ciel ouvert qui donnera un accès direct au RER.

Les métros de demain, des stations augmentées ?

Alors que l’urbanisation augmente, les métros s’étendent et se multiplient pour pouvoir déplacer une multitude de nouveaux passagers sur des territoires toujours plus vastes. De nouvelles stations voient ainsi le jour. D’ailleurs, certaines ouvriront bientôt leurs portes dans le cadre des chantiers du Grand Paris Express, comme Arc Express et Grand Huit. De nouveaux enjeux émergent alors avec cet essor. Si de nombreuses stations surgiront de terre, autant les penser en amont afin qu’elles puissent répondre au mieux aux besoins des passagers et des habitants des territoires où elles s’implantent.

Primeurs et autres commerces à Union Station, Washington

Primeurs et autres commerces à Union Station, Washington © Susie Ho via Unsplash

Les défis que relèvent ces stations sont liés à la mise en place d’une intermodalité efficace. Il s’agit de mettre à disposition des services facilitant le quotidien de tous : proximité des bureaux, présence d’une crèche, bureau de poste, points de livraison, restauration… L’architecture des stations doit être facilement reconnaissable et symbolique, comme le montrent sur ces images les gares futuristes du Grand Paris, facilement accessibles, et présenter une signalétique efficace permettant la fluidité des circulations. Ces stations seront multifonctions mais aussi ouvertes, à l’image d’un espace public. C’est le cas du projet de la King Abdullah financial district metro station en Arabie Saoudite, conçu par l’agence de la célèbre architecte Zaha Hadid. La station s’étend sur une superficie de 20 434 m² et s’élève sur 4 niveaux. Elle fait à la fois office d’échangeur menant à diverses lignes de métro, mais aussi d’espace public propice à la rencontre.

Pour moderniser les stations, des acteurs ont pensé la station du futur dès 2010 dans le cadre d’un appel à consultation. Ainsi est née Osmose. Conçu par trois architectes Périphériques, Abalos Sentkiewicz et FOA, le concept qui devait naître dans “des territoires moins denses” que Paris intra-muros avait comme particularité de devoir se développer en même temps que ces villes. L’enjeu étant de participer à redynamiser ces territoires par l’impulsion de la gare et des services qu’elle propose. Les équipes internationales réfléchissent ainsi sur la station de métro de demain et de multiples réponses sont proposées comme concevoir une station qui puisse répondre aux besoins du quartier, une autre qui puisse l’ouvrir sur la ville ou encore une station qui fait la liaison entre les stations en dessous et les commerces au-dessus sous la forme d’un atrium.

Les nouvelles stations ne peuvent donc plus être fermées sur elles-mêmes, elles nécessitent de prendre en compte la complexité des flux des voyageurs, mais aussi leurs besoins avant, pendant et même après leur voyage, et elles rejoignent le plus souvent d’autres lignes. La Station Saint Denis Pleyel est un exemple : elle deviendra en 2023 une centralité dans le réseau ferroviaire du Grand Paris Express en reliant les banlieues entres-elles. À terme, elle deviendra un lieu de vie qui accompagne le renouveau du quartier.

Ainsi, les stations de métro deviennent des espaces qui tentent d’améliorer la qualité de vie des voyageurs et de ses riverains. Diverses fonctions se développent à proximité de celles-ci telles que des coworkings pour que les travailleurs nomades puissent s’installer. Des espaces de travail qui permettent aux voyageurs de patienter sans perdre de temps, en cas de retard d’un train. S’étalant sur des surfaces plus étendues, loin des avantages de la ville, ces lieux de la mobilité de demain doivent ainsi pallier des manques potentiels.

Depuis 3 ans, la SNCF lance avec le soutien de Ouishare, le challenge “Gare Partagée”. C’est un appel à projet de “services du quotidien” à implanter dans 36 gares d’Ile-de-France. Ce concours invite les entrepreneurs à imaginer de nouveaux concepts de services et de commerces pour les gares. Parmi les lauréats, des associations et des start-ups qui renouvellent le marché de l’alimentation des gares en misant sur la santé et la diversité culinaire, telles que Graine de Couscous, lauréat 2018 et traiteur 100% bio et local à la Gare Saint Quentin en Yvelines ou Meet My Mama à la Gare d’Asnières, lauréat de l’édition 2019. D’autres initiatives font des hubs de mobilité, de véritables hubs de service pour les entreprises avec des initiatives comme Hercule Insertion en gare de Sainte Geneviève des Bois ou encore Clef job qui a imaginé des Kiosques dédiés à l’emploi et à la réinsertion, pour devenir de nouvelles centralités d’emplois locaux.

Entre activités fonctionnelles et projets innovants créatifs, les stations de métros souterrains se voient donc investies d’une nouvelle modernité et humanité. Les services ne se cantonnent plus à la mobilité, et les activités sont plus vivantes, créant des lieux de vie aux fonctions mixtes et diversifiées. Alors que les stations de métro peuvent encore éveiller l’imaginaire d’un milieu anxiogène, lié à la vitesse effrénée du quotidien, certaines d’entres-elles pourront désormais se présenter sous un meilleur jour et ralentir le rythme de ces “passagers” si pressés.

Ce qui est sûr, c’est que l’urbanisme souterrain revient en force ces dernières années et que les acteurs de la ville veulent optimiser ces espaces pour apporter une plus-value et ainsi améliorer la qualité de vie de leurs habitants. Reste à savoir si ce mode de vie souterrain prendra et quelles seront les innovations techniques qui permettront d’y améliorer la qualité de vie, comme les expérimentations réalisées à la Lowline Lab à New York pour faire entrer la lumière naturelle, indispensable à la conception de leur parc urbain enterré.

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