Les jardins partagés favorisent-ils des pratiques écologiques ?

Les jardins partagés favorisent-ils des pratiques écologiques ?

les jardins de l’île de Nantes - crédit : Guillaume Joly
19 Oct 2021 | Lecture 3 min

Le jardin partagé en ville est à la mode. Porté le plus souvent par des associations et les collectivités, ces espaces se déploient un peu partout sur le territoire et font partie des possibilités ouvertes par l’agriculture urbaine. Mais quel en est l’impact ? 

C’est au 19ème siècle qu’on voit apparaître en France les premiers jardins ouvriers, dont faisaient d’ailleurs partie les jardins d’Aubervilliers détruits récemment pour faire de la place aux infrastructures d’accueil des jeux olympiques de Paris 2024. Ces jardins ouvriers ont été mis en place en 1896 par l’abbé Jules-Auguste Lemire (1853-1928), qui y voyait une manière d’améliorer la vie des ouvriers, à la fois d’un point de vue alimentaire mais aussi sur le plan social. “S’ils permettent aux ouvriers d’échapper à leur taudis en profitant d’un air plus respirable, ils les éloignent aussi des cabarets et encouragent les activités familiales au sein de ces espaces verts » précisait ainsi l’abbé Lemire.

Après la seconde guerre mondiale, ces jardins ouvriers sont devenus des “jardins familiaux” puisqu’ils ne sont plus réservés aux seuls ouvriers mais ouverts à toute la population, et leur gestion est confiée à des associations de loi 1901 (article L561-1 du code rural). C’est ce qui nous amène aujourd’hui à ce que nous appelons principalement des “jardins partagés” qui essaiment dans les villes au fur et à mesure que les préoccupations écologiques gagnent du terrain et que se développe l’agriculture urbaine.

Une vocation de lien social inaltérable

L’agriculture urbaine, via la création de ces potagers collectifs, poursuit d’ailleurs – et c’est intéressant – le même objectif qu’il y a 100 ans lors de leur apparition : améliorer le quotidien des français, leur permettre d’avoir accès à une alimentation de meilleure qualité et renforcer le lien social à travers des activités manuelles et de plein air.

C’est d’ailleurs pour cette raison que de nombreuses structures portent le développement de ces jardins partagés dans les quartiers prioritaires ou encore au sein des écoles, à l’image de ce que propose par exemple l’entreprise Merci Raymond avec ses activités en Seine Saint-Denis. Et de nombreuses villes en France et à l’International implantent des jardins partagés sur leurs territoires, espérant ainsi améliorer la santé des citadins tout en contribuant au développement durable. La pratique est notamment très développée aux États-Unis (la ville de Detroit est un véritable exemple en la matière) et dans de nombreux autres pays.

Au fil des ans, plusieurs études se sont d’ailleurs penchées sur les jardins partagés et leur rôle. En majorité, elles suggèrent que la participation à ces jardins partagés est associée à une consommation plus importante de fruits et légumes et à plus d’activité physique, mais aussi à un meilleur bien-être mental et à plus de lien social.

Un jardin partagé à Nantes - crédit Guillaume Joly

Un jardin partagé à Nantes – crédit Guillaume Joly

Un comportement induit ou préexistant ?

Des résultats qui sont d’ailleurs généralement confirmés sur le terrain par les adeptes de ces activités. Mais, une récente étude de l’INRAE sur le sujet est venue soulever une question intéressante : est-ce la participation à un jardin qui a encouragé l’adoption de comportements plus sains et durables ? Ou bien, est-ce que ces comportements préexistaient à l’entrée au jardin ?

Autrement dit : devient-on écolo grâce à un jardin partagé ou rejoint-on ces jardins parce qu’on est écolo ? Une question pas si anodine selon les chercheurs français qui ont donc suivis pendant une année une soixantaine de volontaires à travers la France pour comprendre leurs comportements.

Et contrairement à certaines idées reçues, les chercheurs ont constaté au travers de leurs entretiens que la pratique du jardinage urbain n’avait finalement que peu d’impact sur les modes de vies des personnes interrogées car celles-ci se déclarent et semblent déjà sensibilisées à l’impact de leur mode de consommation sur la planète et leur santé.

Pour les auteurs de l’étude, la pratique du jardinage urbain est donc souvent davantage une étape supplémentaire dans un mode de vie engagé. Et pour les associations et collectivités, les auteurs suggèrent donc, pour améliorer la durabilité de nos modes de vie, de développer ces jardins partagés davantage dans les zones péri-urbaines, afin de toucher des populations qui ne sont pas forcément sensibilisées à ces sujets.

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