Les écolieux, agir collectivement pour la durabilité

les colibres © alexandre sattler
3 Avr 2023 | Lecture 3 minutes

Laissé en ruine il y a 40 ans, le hameau du Viel Audon en Ardèche a été rénové, transformé afin de devenir un lieu écologique, responsable, durable et collectif. Appelés écolieux, écovillages, ou oasis, c’est un modèle de vie alternatif qui se développe, bousculant les normes de la société. Mais alors, qui est à l’origine de ces projets ? Comment ces lieux fonctionnent-ils ? Sont-ils une solution concrète pour l’avenir de nos villes ?

Un modèle de vie alternatif

L’histoire de l’écolieu est liée à la prise de conscience de l’impact des modes de vie modernes sur notre environnement. Dans les années 60, une véritable révolution sociale et culturelle a secoué de nombreux pays, portée par des mouvements sociaux, des protestations et une remise en question des normes établies. Au cœur de cette époque, de plus en plus de personnes ont commencé à s’interroger sur la pertinence d’un mode de vie urbain déconnecté de la nature, synonyme de pollution et de surconsommation.

L’expression écovillage a été utilisée et définie pour la première fois par Diane et Robert Gilman en 1991 dans un rapport pour Gaia Trust et a été reprise lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro au Brésil en 1992. Ces écolieux ont pris vie et sont devenus de véritables modèles d’intégration de l’habitat humain dans l’écosystème naturel. Ces communautés durables sont des espaces de coopération et d’entraide, où le vivre-ensemble équitable et solidaire est central. En favorisant l’autonomie de la communauté, ces lieux s’emploient à fonctionner en auto-suffisance, grâce à une production alimentaire locale, une production d’énergie renouvelable, et la réutilisation de matériaux locaux. Les enjeux de ces lieux sont alors clairs : mettre en avant l’autonomie et l’indépendance, tout en respectant les équilibres de notre planète. Si ces projets sont vus comme une réponse aux enjeux écologiques, ils permettent aussi de recréer du lien social et une solidarité » (Mathieu Labonne, fondateur et habitant d’un écolieu à Pontgouin, en Eure-et-Loir.) Les écolieux sont aussi vecteurs d’éducation et de sensibilisation, en mettant en place des ateliers participatifs, toutes sortes d’activités afin de faire participer le plus d’habitants possibles. Cette initiative a rapidement inspiré de nombreux autres mouvements écologiques à travers le monde. À Findhorn en Ecosse, un écovillage s’est développé depuis 50 ans, fonctionnant en autosuffisance alimentaire. En 1989, à Torri Superiore, en Italie, des passionnés de nature et d’architecture ont rénové un village pour créer une véritable vie associative et communautaire. En 1985, à Lebensgarten en Allemagne, une association s’est formée pour rénover un lieu pour vivre en communauté. Tous ces projets contribuent ainsi à l’émergence d’une conscience environnementale globale.

Aujourd’hui, l’écolieu continue de représenter une alternative crédible aux modes de vie ayant un impact négatif sur l’environnement que nous avons connu par le passé. Les écolieux se développent alors un peu partout dans le territoire. Selon un recensement opéré par la Coopérative Oasis et Habitat Participatif France, 1 200 écolieux et habitats participatifs accueilleraient environ 20 000 personnes en France. On les retrouve dans les zones urbaines, périurbaines et rurales. Cependant, “une étude portant sur plus de 300 lieux du réseau des Oasis montre que la grande majorité se trouve en milieu rural, souvent dans des lieux de patrimoine à rénover, trop grands pour n’accueillir qu’une seule famille”. De nos jours, nos villes évoluent sans cesse, et les préoccupations environnementales croissantes nous incitent à repenser nos manières de créer, aménager et construire nos espaces. Ainsi, différents modèles et projets naissent, en allant de plus en plus loin dans leur démarche écologique. Allant des tiers-lieux, des espaces sociaux ouverts (bibliothèque, un centre culturel, un café ou un espace de co-working) où les usagers se rencontrent, sociabilisent et travaillent ensemble, l’écolieu dépasse le simple lieu de travail, et pousse encore plus son modèle de durabilité. C’est une véritable communauté, un lieu de vie pensé pour y vivre mais aussi pour travailler dans la solidarité, en totale autonomie.

Focus sur le Viel Audon : une ancienne ruine se transformant en un écolieu exemplaire

© Master 2 TRUST - Florent Bouvier

© Master 2 TRUST – Florent Bouvier

Parmi les différents projets d’écolieux qui ont pris forme en France, l’écovillage “Le Viel Audon” se trouvant en Ardèche est particulièrement intéressant à étudier. Abandonné et oublié pendant des décennies, il était voué à la disparition pure et simple… Pourtant, ce hameau tout entier est aujourd’hui un lieu riche d’activités, de partage et de solidarité. Un véritable village coopératif et écologique où l’on accueille et l’on vit « autrement » depuis 40 ans. Grâce à 10 000 jeunes volontaires, ce lieu a repris vie dans le cadre de nombreux chantiers coopératifs. Depuis 1972 quelques ” utopistes ” se sont mis en tête de faire revivre le Viel Audon. Ils ont créé en 1976 l’association Le MAT, qui a organisé chaque été des chantiers internationaux de jeunes bénévoles. Elle s’inscrit dans la culture et les valeurs de l’éducation populaire et dans le mode entrepreneurial de l’économie sociale et solidaire et a pour vocation de sensibiliser les populations à l’aménagement du territoire et à la gestion durable des ressources naturelles, tout en contribuant à l’animation du cadre de vie en milieu rural. En éduquant à l’environnement, le MAT encourage la prise de conscience collective des enjeux écologiques contemporains, tout en proposant des solutions pratiques pour y faire face, grâce à des ateliers mis en place.. Elle propose alors une variété d’activités, allant de l’accueil et la formation à l’organisation de chantiers bénévoles, de volontariat, d’accompagnement de projets, d’animation, de développement territorial, jusqu’à la production et la mise à disposition de ressources pédagogiques. Avec une portée nationale et internationale, cette association est un acteur primordial dans la promotion d’une vision durable, citoyenne et solidaire dans ses projets.

L’écovillage du Viel Audon incarne un modèle innovant de participation citoyenne et de collaboration. Les résidents sont encouragés à œuvrer ensemble pour maintenir et faire prospérer cette oasis. Les décisions sont prises de manière consensuelle lors de réunions régulières, où chaque habitant est libre d’exprimer ses idées et ses préoccupations. Ce processus participatif garantit une prise de décision équitable et un engagement communautaire solide. Cet écovillage fonctionne en proposant plusieurs activités pour les habitants : l’agriculture biologique, l’élevage et l’apiculture, l’artisanat entre autres. La communauté organise également des événements culturels comme des concerts, festivals, expositions d’art, de projections de films qui favorisent les échanges entre les habitants et les visiteurs. Enfin, l’écovillage du Viel Audon propose une éducation alternative pour les enfants, en se basant sur des méthodes pédagogiques nouvelles, telles que la pédagogie Montessori, ou la méthode Freinet. Ces activités contribuent à créer une communauté forte et résiliente.

Situé dans un cadre naturel exceptionnel constitué de collines, de forêts et de rivières, l’écovillage du Viel Audon dépasse ces collines en tissant des liens solides avec le territoire Ardéchois. En effet, la communauté s’approvisionne en produits locaux, favorisant ainsi une économie circulaire et responsable. Les habitants sont également impliqués dans des projets régionaux visant à promouvoir la transition écologique et la coopération entre les acteurs locaux. Par exemple, en collaboration avec des associations locales, l’écovillage organise des événements et des actions de sensibilisation sur des thèmes comme l’agriculture biologique, la permaculture et l’écologie. Enfin, l’écovillage est une destination choisie pour les visiteurs et les stagiaires en quête d’une expérience unique de vie communautaire. Les formations et les ateliers proposés attirent des participants de toute la France et même de l’étranger.

Un modèle alternatif qui a ses limites ?  

Le Viel Audon est un exemple concret de ce que veut transmettre la notion d’écolieu. Ce modèle de communauté a vocation à changer les modes de vie, ils montrent une manière alternative de construire une société, une vie d’autant plus collective, basée sur la solidarité, l’entraide et le partage. “Plus encore, la vie en oasis est un laboratoire politique. Les oasis sont des lieux d’expérimentation démocratique.” Ils bousculent la manière d’organiser la vie en communauté, en proposant un modèle différent de ce que propose la société actuelle.

Cependant, aussi innovants qu’ils soient, les écolieux ont aussi leurs limites. Leur fonctionnement est régi sur des règles qui s’appliquent uniquement à certains lieux, certains espaces. Transférer l’intégralité du modèle de l’écolieu dans des zones urbaines denses serait donc assez complexe. Premièrement, la manière de les concevoir est différente de la fabrique urbaine classique. Les projets d’écolieux naissent par le bas, ils sont l’initiative d’un groupement, d’un collectif d’habitants qui ont décidé d’unir leurs forces, savoirs-faires et compétences afin de rénover, construire, créer, transformer pour faire naître ces écolieux. Ils réfléchissent et travaillent ensemble, en coopérant avec les élus locaux afin de pouvoir se développer et surtout se concrétiser. Les modèles d’habitat participatif que l’on retrouve en zone urbaine, gérés par des collectifs, groupes de voisins, se rapprochent de cette démarche d’autonomie et de participation. Comme dans le cadre d’un écolieu, où tout le monde participe, discute et partage sa pensée quant au projet, dans une vision inclusive. Grâce à cette construction collective, les habitant.e.s associé.e.s aux projets d’habitat participatif contribuent à apporter des réponses collaboratives à de nombreux enjeux de société : lien social, bien vieillir, pratiques écoresponsables et préservation de l’environnement, logement abordable….

Une façon de concevoir le projet qui peut questionner l’évolution de la fabrique urbaine. Et il est tout à fait possible de s’inspirer de l’expérience de ces collectifs d’écolieux pour créer des communautés au sein des villes, avec les habitats participatifs. En effet, beaucoup d’habitants vivant des écolieux disent avoir quitté la ville afin de se ressourcer, de recréer une vie basée sur des principes plus solidaires, en lien avec la nature. Pour de nombreuses personnes, le déclic pour vivre en oasis n’est pas politique. Il est souvent lié à une prise de conscience personnelle liée à une recherche d’amélioration de leur vie, de leur confort, de leur vie sociale en cohérence avec des convictions écologiques et éthiques.Mais ne serait-il pas intéressant, au lieu de quitter la ville, d’importer les savoirs-faires et savoirs-êtres des écolieux, afin de les intégrer au sein de la fabrique urbaine ? Les écolieux sont des créateurs de communautés, qui sont capables d’aider d’autres communautés afin de forger une cohésion sociale, dans différents territoires, pour éviter toute forme d’exclusion sociale, car chaque écolieux ne peut accueillir toute une population. Enfin, pour pérenniser la vision et le modèle de l’écolieu, le plus important est de partager, informer, sensibiliser, pour pouvoir permettre aux villes de s’inspirer de ce modèle pour faire évoluer ses pratiques.

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