Le paysage un outil fertile pour penser les territoires de demain

Le paysage un outil fertile pour penser les territoires de demain

La transition écologique passe inévitablement par une nouvelle pensée de notre occupation de l’espace à toutes les échelles du territoire, et notamment en ville.

Au même titre que l’arrivée du train puis de l’automobile ont modifié nos structures urbaines au 19eme siècle, les questions de transition écologique vont remodeler notre paysage urbain. Notre responsabilité collective est de faire de la ville de demain un lieu de concorde entre les dynamiques du vivant humain et non humain.

A l’aune de l’urgence écologique, le prisme du paysage est éminemment pertinent pour penser ces multiples relations et leurs interdépendances dans toute leur complexité.

Quel rôle pour le paysagiste dans ces changements ?

L’urbaniste et l’architecte sont des experts des dynamiques anthropiques d’occupation du territoire. L’écologue est un expert des dynamiques naturelles, mais peu de celles de Sapiens. Le paysagiste, lui, est un expert des dynamiques territoriales et spatiales anthropiques et plus largement du vivant. Il est le prisme du rapport entre Sapiens et son environnement.

A l’ESAJ, nous croyons qu’intégrer la richesse du Vivant comme préalable à tout projet de paysage et d’urbanisme permet de trouver un équilibre heureux entre artifice nécessaire et dynamique naturelle. Accueillir la complexité du Vivant libère la créativité et enjoint à penser le paysage non comme un produit fini, mais comme un projet toujours inachevé, vivant, sur lequel nous devons accepter de lâcher prise, sans l’abandonner.

Le paysagiste se pose comme une porte d’entrée à un urbanisme du vivant, créant une concorde spatiale pour toutes les dynamiques naturelles compatibles. Aujourd’hui, il est bien trop souvent cantonné à s’exprimer au sein d’emprises spatiales très limités comme les cœurs d’ilots ou des morceaux d’espaces publics. Pourtant, les travaux d’Alexandre CHEMETOFF (Grand prix de l’urbanisme 2000), Michel CAURAJOUD (Grand Prix de l’urbanisme 2003), Michel DESVIGNES (Grand Prix de l’urbanisme 2011), l’agence TER (Grand Prix de l’urbanisme 2018) et Jacqueline OSTY (Grand Prix de l’urbanisme 2020) montrent à quel point le paysage est un prisme pertinent pour penser la ville et plus largement le territoire.

En effet le paysagiste, par son approche transversale et pluridisciplinaire, est idéalement placé pour faire le lien entre les questions liées aux espaces agricoles, naturels, urbains et périurbains. Il s’agit donc de considérer le paysage, non plus comme la résultante des activités diverses d’aménagement (agriculture, urbanisation, industries, grands équipements, infrastructures, etc.), mais comme un outil intuitif et dynamique de la transition écologique dès lors qu’il fait la part belle au vivant.

Le miroir d’eau à Bordeaux

Sortir de l’opposition anthropisation et vivant

L’anthropisation est souvent pensée comme un «englobant stérile», un front pionnier qui s’approprie la géographie et les paysages et repousse systématiquement la plupart des autres formes de vie. Pourtant rien ne nous y oblige.

Historiquement, l’écoumène (du grec ancien «oiko’oumene», désignant la «terre habitée») se dilate : il occupe l’espace naturel encore perçu comme hostile, répulsif et mouvant par notre société occidentale. Pour preuve prenons le terme de «sauvage», issu du latin médiéval, il est lié au mot latin «sylvatica» désignant la forêt. Ainsi, dans notre langage courant il est opposé à la civilisation. La forêt contre l’urbain. Le vivant contre l’anthropique.

Ce paradigme faisait peut-être sens à d’autres époques mais il n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Au contraire, à l’heure de la lutte contre les îlots de chaleur, les émissions de gaz à effet de serre et l’érosion de la biodiversité en ville, il est peut-être temps de penser un «ensauvagement» pour la ville de demain. De plus, l’anthropisation peut alléger son empreinte, devenir plus modeste et plus frugale, afin de faire la faire la part belle aux autres vivants, en milieu urbain, périurbain et rural.

C’est ainsi que dans une logique de respect des paysages et du vivant, de durabilité des aménagements, d’économie des moyens et avec une conscience environnementale forte, le paysagiste se doit de réinterroger «notre» occupation gourmande du sol. Il doit se soucier de la réintégration de processus naturels en milieux aménagés, tout en s’emparant des défis écologiques et climatiques du XXIème siècle. Face à la tentation de l’artificialisation et l’imperméabilisation des milieux, le paysagiste doit prôner le moindre impact et œuvrer pour une approche économe et frugale : sans geste gratuit, dans la mesure du mouvement et par acupuncture, sur un milieu étudié, «radiographié», toujours original et bien singulier.

Il ne s’agit en aucun cas d’établir un jugement de valeur concernant l’établissement humain mais plutôt d’assumer et d’aider le «déjà-là» à promouvoir une conciliation possible et un équilibre nouveau entre artifice nécessaire et dynamiques naturelles, via le projet de paysage. Cette approche doit devenir un véritable leitmotiv et une préoccupation première pour les territoires de demain. Cela implique de proposer une pensée urbaine autour du paysage, outil fertile et ce avec les architectes, les écologues, les urbanistes, les sociologues, les politiques et les citoyens.

 

Sacha Lenzini est paysagiste-concepteur et urbaniste, directeur de l’ésaj – l’école des paysages de la transition écologique et co-fondateur de la fondation Ville Terre.

ESAJ (Ecole des paysages de la transition écologique)
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