La ville nous rend-elle plus sensible aux allergies ?

11 Mai 2020 | Lecture 5 minutes

Chaque année, l’arrivée du printemps se révèle, pour certains, ne pas être une aussi bonne nouvelle, que l’on pourrait le croire. Les premières fleurs sont bien souvent un calvaire pour une partie de la population, sensible aux pollens. Une saison où les yeux irrités et les bronches encombrées rappellent que de nombreux citoyens sont touchés par une sensibilité aux allergènes.

Alors que 20% de la population souffre d’allergies chroniques, certaines études démontrent qu’habiter en ville n’arrangerait rien dans certains cas. Qu’il s’agisse d’allergies au pollen, d’allergies alimentaires ou autres, les cas augmentent d’années en années et les villes ne sont pas épargnées. L’environnement urbain peut même contribuer à aggraver les choses.

Tout désigné, le principal coupable est bien sûr la pollution. Mais ce n’est pas le seul. Alors qu’en est-il réellement ? Quelles solutions peuvent-être envisagées pour diminuer le phénomène ? Et comment faire de la ville un lieu où il sera vraiment possible de vivre en bonne santé ?

Un développement croissant des allergies

Une allergie est une réaction immunitaire face à une substance. Il s’agit d’une surréaction d’un organisme à un agent dit pathogène, souvent inoffensif pour le reste des individus. On a donc ici un dérèglement du système immunitaire qui va provoquer une série variable de symptômes, selon les cas et les allergies. Elles peuvent ainsi être respiratoires, cutanées ou alimentaires.

 

chiffres clés allergies

Source : asthme-allergies.org

Le nombre de cas d’allergies a fortement progressé ces dernières décennies. Si bien qu’en 2014, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la plaçait désormais au quatrième rang des maladies chroniques dans le monde, alors même qu’à la fin des années 1980, les allergies n’étaient situées qu’en septième position. L’OMS estime même qu’en 2050, la moitié de la population mondiale sera allergique.

Et pour ne rien arranger, les allergènes peuvent être multiples. En ville, on parle surtout des pollens, mais cela peut être également des poils d’animaux, des médicaments, des acariens ou encore des aliments. D’ailleurs, notre nourriture est responsable de la majorité des allergies.

 

L’environnement, une variable à considérer

Lorsqu’on vit en ville, on se demande forcément : l’environnement urbain a-t-il un rôle dans le développement des allergies ? Pour commencer, en ce qui concerne les allergies alimentaires, une étude publiée dans la revue Clinical Pediatrics a analysé le cas de 38 000 enfants aux Etats-Unis. Celle-ci intégrait une approche cartographique visant à comprendre si le lieu de vie avait une influence sur les cas recensés. Une analyse qui a permis de révéler le constat suivant : il existe une différence entre les zones rurales et les grandes villes avec des enfants moins touchés à la campagne (6,2% contre 9,8% pour ceux habitant en ville).

Mais pourquoi les enfants des villes seraient si touchés par les allergies alimentaires par rapport à leurs comparses ruraux ? Plusieurs raisons environnementales se dessinent. D’abord, les enfants n’auraient pas accès en ville à certaines bactéries que l’on retrouve facilement à la campagne, notamment en jouant dehors à l’air libre. L’autre cause, serait la pollution en ville qui affaiblit les systèmes immunitaires.

Pour les allergies respiratoires, différents facteurs environnementaux sont aussi en cause. La pollution extérieure n’est pas la seule fautive car la qualité de l’air intérieure serait elle aussi, un élément à prendre en compte. En effet, avec le développement des VMC (ventilation mécanique contrôlée) dans le but d’économiser de l’énergie en évitant les fuites de chaleur, les logements sont de plus en plus sujets à ce phénomène. Le confinement provoquerait une augmentation des allergènes dans l’air, tels que par exemple des moisissures, des poils d’animaux domestiques ou encore des acariens.

Source : @cdc via unsplash

Source : @cdc via unsplash

Des hypothèses avancent aussi que cette situation serait due à la croissance de la température dans les logements et à l’humidité intérieure non évacuée. Un phénomène qui s’observe encore plus à la campagne, où les moisissures sont bien plus présentes dans les anciennes maisons mal isolées.

Allergies aux pollens : des facteurs aggravants

Au-delà de ces phénomènes assez généraux, chaque année, une allergie particulière chamboule la vie de plus de 10 millions de français : la pollinose. Il s’agit d’une allergie qui est cette fois saisonnière car elle concerne les réactions aux pollens. Conjonctivite, rhinite, complications pulmonaires, gênes respiratoires ou même l’asthme, les symptômes apparaissent au printemps.

Alors que dans les cas d’allergies alimentaires par exemple, la cause de l’allergie peut être éliminée des plats consommés, ou ajoutée par petite dose pour créer une accoutumance, pour le pollen, il s’agit d’une mission impossible. Volatiles, les substances allergisantes peuvent être présentes partout dans l’air.

Même si cela apparaît comme contre-intuitif, à ces périodes, les allergiques au pollens se réfugient en ville. En effet, certaines personnes respirent mieux en ville qu’à la campagne. Le pollen étant bien entendu issu de la végétation autour de nous, les espaces ruraux peuvent alors être plus impactés. La population concernée fuit alors les foyers allergiques en se réfugiant en ville.

 

Chaque année, les japonais célèbrent la floraison des cerisiers à Tokyo - Source : @yukato via unsplash

Chaque année, les japonais célèbrent la floraison des cerisiers à Tokyo – Source : @yukato via unsplash

Or en ville, tout n’est pas rose non plus. D’après une étude de l’Anses publiée en 2014, “l’élévation des températures atmosphériques et de la concentration en CO2 rendent certains pollens plus allergisants”. Le réchauffement climatique, qui se ressent d’autant plus en ville où les températures sont souvent supérieures avec un effet de microclimat local lié à l’urbanisation et la concentration de particules fines, engendre une pollinisation de plus en plus précoce pour de nombreuses espèces végétales. Certaines essences subissent aussi une augmentation de leurs grains de pollens en fonction de la température. Des facteurs amplificateurs qui ont pour conséquences d’augmenter la quantité de pollens dans l’air et d’augmenter la durée de pollinisation. L’Anses souligne qu’avec cette augmentation, les cas d’allergies peuvent aussi s’accroître.

Or, toujours d’après cette étude, la pollution de l’air engendre un affaiblissement des bronches de nombreux citadins, ce qui les fragilise et peut induire une irritation plus forte. Pire, la pollution fragmente les grains de pollen, ce qui les rend plus petits et donc plus nocifs pour nos poumons.

Prévention, vigilance, quelles sont les solutions ?

Une solution simple apparaît pourtant pour lutter contre cette pollution végétale : éliminer des espaces publics, les essences les plus à risques. Autrement dit, éviter la plantation d’arbres ayant un pouvoir allergène élevé comme par exemple les bouleaux ou les platanes, pour à la place, privilégier des essences moins nocives.

Quelques villes françaises se sont déjà emparées du sujet. Cela passe d’abord par ne plus intégrer d’arbres à risque allergènes dans les projets d’aménagement. Pour cela, certaines villes ont mis en place des chartes de l’arbre, détaillant les arbres à éviter. C’est le cas par exemple de Montpellier qui s’y est mis depuis les années 90, ou encore de Paris qui intègre le potentiel allergène des espèces et bannit les essences à risque. Ainsi, les responsables des espaces verts sont davantage vigilants et des outils gratuits tels que le guide électronique végétation-en-ville permettent d’avoir une information claire sur les plantes à éviter et des alternatives.

Une autre stratégie efficace à adopter pour limiter la concentration de pollens consiste à diversifier la végétation plantée. Ainsi, les différentes essences ne fleuriront pas en même temps, ce qui permet de réduire la charge d’allergène dans l’air et donc de limiter les potentielles allergies. De plus, il est possible de constituer des bouquets de plantations dites “hypoallergéniques” aux effets très peu allergisants qui vont atténuer les effets.

 

Dans un contexte où notre santé se fait de plus en plus fragile et où nos systèmes immunitaires sont mis à rude épreuve du fait de notre environnement, (ce qui engendre une augmentation croissante des cas de maladies chroniques telles que l’asthme), la question des allergies soulève une véritable problématique de santé publique.

Le réchauffement climatique amplifie les conséquences de la “pollution verte” printanière et risque d’avoir d’autres impacts avec notamment l’arrivée de nouvelles maladies jusqu’alors inconnues dans nos villes tempérées, comme par exemple le paludisme. On le voit, prendre en main la santé en ville, c’est nous rendre plus résilients face aux virus et autres maladies qui pourraient nous toucher demain.

Pour combattre celles-ci, il s’agit de renforcer nos systèmes immunitaires, notamment en changeant nos modes de vies urbains pour manger plus sainement et être plus actifs, mais aussi de veiller au quotidien à la bonne santé de tous, notamment en améliorant la manière de concevoir nos villes pour réduire les risques de maladies chroniques. Dès aujourd’hui, l’urbanisme doit donc pleinement se saisir de la question de la santé pour penser des villes toujours plus résilientes où leurs habitants vivent heureux et en pleine forme longtemps.

Lumières de la Ville
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