« Les initiatives de demain : construire les modèles économiques de l’innovation sociale »

26 Fév 2019

En réponse à la demande de Demain la ville, le Lab., cinq étudiantes de l’École urbaine de Sciences Po Paris – Julie Chicaud, Margherita Fadda, Sixtine Le Bourdonnec, Mouna Lekhnati et Axelle Traversat – ont publié un rapport sur l’analyse des modèles économiques pertinents en matière d’initiative sociale et solidaire.

Guidées par leur tuteur Sébastien Lévrier, cofondateur des Petites Rivières, une entreprise d’économie sociale et solidaire (ESS), elles abordent l’innovation sociale comme un domaine dans lequel se déploie l’ESS, mais pas seulement : des acteurs publics, des citoyens et d’autres types d’entreprises peuvent aussi contribuer à son enrichissement. Puisque ces entreprises se préoccupent davantage de l’intérêt général et des bénéfices sociaux de leurs actions que des objectifs purement économiques, quelles sont leurs perspectives de développement ?

Les initiatives de demain

Les initiatives de demain. Crédit : Sixtine Le Bourdonnec, Ecole urbaine de Sciences Po

Ce rapport est ambitieux : il analyse, en France et en Europe, les dénominateurs communs d’une trentaine de structures stables de l’ESS qui, en France et à l’étranger (Italie, Belgique, Royaume-Uni), exercent un impact social fort.
Quelles sont les clés qui permettent aux innovations sociales de réussir ? Identifier et cibler stratégiquement les besoins d’un territoire serait un gage de réussite.

La démarche se résume à six axes qui ne sont pas des recettes toutes faites mais plutôt de bonnes pratiques :

1. Identifier les besoins du territoire.

2. Trouver son modèle juridique.

3. Développer le capital humain et mobiliser des compétences.

4. Construire des partenariats et s’inscrire dans un écosystème local.

5. Savoir se financer, trouver son modèle économique.

6. Assurer sa pérennité et changer d’échelle.

En suivant ces principes, les entreprises partent plus armées à la conquête de résultats car, malgré les difficultés propres à l’innovation sociale et à sa mise en oeuvre, les initiatives ne cessent de se multiplier et participent de façon essentielle à une société dans laquelle la solidarité est de plus en plus vitale.

Après analyse d’une trentaine de structures, l’étude en présente des modèles fondés sur la solidarité. En voici la synthèse, illustrée par trois exemples.

Meet My Mama, Paris : Des voyages culinaires éthiques et authentiques

Brésil, Islande, Vietnam, Sri Lanka, Côte d’Ivoire, Liban, Maroc…, Meet My Mama est un site de restauration qui propose aux particuliers et aux entreprises des plats du monde entier réalisés par des femmes réfugiées ou issues de la migration. La mise en valeur de leurs talents a permis à ces femmes d’acquérir le statut de chefs, d’entrepreneurs et de femmes indépendantes. Cofondé par Donia Souad Amamra, Loubna Ksibi et Youssef Oudahman, le site a très vite connu un grand succès. Cette start-up de six salariés fait travailler aujourd’hui 70 cuisinières environ, a déjà « comblé 50 000 papilles » et compte 250 entreprises clientes. À Paris, dans le Marais, la Cantine du monde est le premier restaurant ouvert par Meet My Mama.

Meet my mama

Meet My Mma. Crédit Meet My Mama

VoisinMalin, Paris : Au secours de la précarité

L’association VoisinMalin propose à des services locaux, tels que La Poste, Veolia ou des entreprises de transports, d’améliorer leur fonctionnement. Le but : rapprocher les habitants des quartiers prioritaires des services publics – au nombre de 5 millions en France aujourd’hui (d’après le ministère de la Ville). Les « voisins malins », ou « habitants-leaders », vont au contact de l’ensemble des habitants de leur quartier en faisant du porte-à-porte. Multilingues, ils sont à leur écoute et les aident à résoudre les problèmes pratiques et les informent sur les services dont ils peuvent disposer.

Cette association a été créée en 2010 par Anne Charpy, qui développe des projets depuis 25 ans, du Chili aux banlieues lyonnaises, puis dans l’Essonne : « Il s’est créé un décrochage par rapport au reste de la société ; les gens se vivent comme des citoyens de seconde zone et ne se sentent plus appartenir à la communauté nationale. »

VoisinMalin

VoisinMalin. Crédit : l.Mathie / VoisinMalin

La Cloche ~ Paris : « Par tous et pour tous »

La Cloche s’attache à modifier le regard porté sur le monde de la rue en encourageant la solidarité entre habitants et personnes sans domicile. Au Moyen Âge, on sonnait la cloche pour annoncer la fin des marchés aux Halles de Paris et les plus démunis venaient se servir en invendus. L’association a repris ce symbole, tous ses projets naissent d’une collaboration entre les membres d’un réseau de solidarité locale, le Carillon. Citoyens, pouvoirs publics, entreprises…, tous s’engagent. Les commerçants proposent des petits services gratuits : café, coupe de cheveux, accès aux toilettes ou prise électrique.

Les habitants offrent des produits qu’ils laissent à disposition dans certains commerces et les « carillonneurs » se retrouvent régulièrement pour des événements de quartier.

L’association compte encore deux projets : Les Clochettes, depuis 2017, où les personnes sans domicile travaillent à l’embellissement des rues, des jardins partagés… et La Cloche à biscuits, où elles confectionnent des pâtisseries dans un atelier solidaire. La Cloche compte encore de nombreuses activités, et même un label musical.

La Cloche

La Cloche. Crédit : La Cloche

Eléments initialement présentés dans l’exposition « Décloisonnons la ville ! » à la Cité de l’architecture & du patrimoine, du 30 janvier au 11 mars 2019. Plus d’informations dans « Les initiatives de demain : construire les modèles économiques de l’innovation sociale ».

Demain la Ville

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