Garages solidaires : la mécanique de l’inclusion

©Garage APREVA Lormont
30 Juil 2020 | Lecture 4 minutes

Nous ne sommes pas tous égaux face à la mobilité. Le Laboratoire de la Mobilité Inclusive estime à 7 millions le nombre de personnes en âge de travailler rencontrant des difficultés dans leurs déplacements quotidiens. Par ailleurs, l’enquête menée par Région de France, Transdev et Ipsos en 2019 montre que de nombreux territoires souffrent d’une forte dépendance à l’automobile. Les Français déclarent ainsi qu’il leur serait impossible de faire leurs courses alimentaires (74% d’entre eux) ou encore d’aller à leur travail (65%) sans utiliser leur voiture. L’absence d’accès à une automobile est ainsi un frein majeur à la vie sociale et professionnelle, qui touche plus durement les ménages défavorisés.

Ces dernières années, les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) se sont emparés de ce besoin social pour apporter aux personnes vulnérables rencontrant des difficultés de mobilité des solutions innovantes. Les garages solidaires, projets emblématiques de la mobilité inclusive, se sont ainsi multipliés dans de nombreuses villes.

De quoi parle-t-on ?

Redynamisés en France suite à la crise financière de 2008, les garages solidaires permettent aux personnes en situation de précarité de bénéficier de tarifs adaptés à leur situation. Ces garages, le plus souvent sous forme associative, proposent des prestations de réparation et d’entretien de véhicules, parfois de vente ou de location. Ils s’adressent en particulier aux personnes bénéficiant de minima sociaux, aux étudiants ou encore aux retraités qui ne pourraient pas s’offrir les services d’un garage classique, dont les tarifs sont généralement deux à trois fois plus élevés. Aujourd’hui, l’annuaire dédié mis à disposition par l’Avise recense plus d’une centaine de garages solidaires en France métropolitaine.

©Garage APREVA Lormont

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Mobilité et insertion professionnelle

Le degré de mobilité est un facteur déterminant à l’embauche. Il peut avoir une incidence directe sur l’entrée dans le monde du travail. Toujours d’après Le Laboratoire de la Mobilité Inclusive, près d’un quart des Français déclare avoir déjà renoncé à un travail ou à une formation faute de moyen pour se déplacer. En rendant leurs services de réparation et d’entretiens accessibles, les garages solidaires ont donc un impact indirect sur l’employabilité des publics fragiles.

Pour aller encore plus loin, certains garages solidaires fonctionnent comme des structures d’insertion par l’activité économique (SIAE). Ils embauchent des publics éloignés de l’emploi en tant que mécaniciens pendant une durée limitée, les forment et les accompagnent tout au long de leur parcours afin qu’ils puissent ensuite intégrer le marché du travail classique. Qu’il soit direct ou indirect, l’impact sur l’insertion professionnelle est ainsi au cœur du projet de ces nouveaux acteurs de la mobilité.

Un projet de dynamisation de la ville

L’objectif principal est clair : permettre aux habitants de la ville qui ne bénéficient pas assez des réseaux de transports en commun d’être plus mobiles. C’est pourquoi les garages solidaires sont particulièrement présents dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, souvent moins bien desservis et où vivent de nombreux ménages précaires. Dans certains quartiers, les garages solidaires offrent aussi une alternative à la « mécanique de rue » : des garages officieux à ciel ouvert. C’est le cas par exemple de MobilHub, le garage solidaire de La Courneuve ouvert en 2019, qui a mis fin à cette économie informelle et a donné des opportunités économiques plus stables aux publics concernés. Enfin, les garages solidaires fédèrent le plus souvent une grande communauté de bénévoles qui adhèrent au projet et à ses objectifs. Ce sont donc aussi des lieux de vie qui participent à l’animation du territoire et qui permettent aux habitants de se réapproprier, par la mobilité, leur ville.

©Garage APREVA Lormont

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Vers une mobilité inclusive éco-responsable

Si la voiture individuelle n’a plus le vent en poupe, elle reste cependant nécessaire dans de nombreux territoires, où il n’existe pas d’autres solutions de déplacement, notamment dans les zones rurales et périurbaines. L’écologie n’est pourtant pas mise de côté au sein des garages solidaires.

Nous travaillons avec d’autres acteurs associatifs pour favoriser une mobilité plus globale intégrant le vélo et les transports en commun, essayons autant que possible de privilégier les véhicules propres et faisons la promotion de la conduite éco-responsable

précise Inès Gadenne, chargée de communication et d’animation au sein du Réseau APREVA, qui fédère 19 garages solidaires en France. L’association met d’ailleurs actuellement en place un projet, en partenariat avec d’autres acteurs de la mobilité en Nouvelle-Aquitaine, de valorisation du covoiturage et de l’autopartage.

Les Petites Rivières
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