Fouler le pavé en ville ?

À New-York, course à pied sur le célèbre Brooklyn Bridge.
28 Juil 2020 | Lecture 6 minutes

La course à pied est une pratique de plus en plus appréciée des urbains. Dans les années 2000, 3 millions de français et de françaises arpentaient régulièrement les rues de nos villes en courant, aujourd’hui ils sont près de 13,5 millions. Avec sa facilité et son faible coût, les parcs, quais et grandes avenues sont devenus peu à peu le terrain de jeu des coureurs.

Preuve en est, le succès des marathons urbains, qui chaque année attirent un grand nombre de nouveaux participants ainsi que d’habitués. En 2019, sur les 60 000 participants au marathon de Paris, près de 36% couraient pour la première fois cette compétition incontournable des adeptes de la course à pied. Mais quel est l’impact de l’environnement urbain sur la course ?  Sport et ville font-ils bon ménage ?

La ville, plus que le milieu rural, bénéficie généralement d’une grande diversité d’équipements sportifs. Salles de sport, terrains de tennis ou de football, tiers-lieux accueillant des cours de yoga ou de pilates, installations extérieures, le sport peut se pratiquer facilement et partout. Une pratique est cependant plus visible que les autres : la course à pied. Par les requalifications de quais, la proximité avec un grand espace de nature, ou encore les espaces dédiés à la course par des pistes délimitées, les coureurs ont aujourd’hui la possibilité d’investir pleinement l’espace urbain. Mais de quelle manière la pratique de la course s’est-elle adaptée à l’évolution des villes ?

L’émergence de la course à pied provient notamment de la sédentarisation de l’homme pendant la Grèce antique. Elle représentait à l’époque, à la fois un entraînement militaire et une performance physique visant à démontrer aux dieux la grandeur de leur civilisation. Plusieurs pratiques ont depuis émergé, notamment l’athlétisme qui regroupe différents types de courses, ainsi que des concours sportifs urbains : les marathons. Dans de nombreuses villes, les semi-marathons et marathons représentent un moment fort de sport et de convivialité, qui entraînent de plus en plus de personnes à pratiquer la course à pied. Aujourd’hui, c’est près de 13,5 millions de personnes qui pratiquent la course à pied en France, dont 75% d’urbains. Alors, quelles sont les principales raisons d’un tel engouement ?

La course à pied : le sport favori des urbains ?

Pour commencer, il semble d’abord évident que la course à pied est avant toute chose un sport accessible. Contrairement aux salles de sport ou aux cours organisés par des professionnels, fouler le pavé en ville n’engendre aucune dépense financière, mis à part bien sûr l’achat d’une tenue et de bonnes chaussures de sport ! Accessible aussi en termes de niveau et de performance, la course est un sport que chacun peut pratiquer à son rythme, selon ses objectifs personnels. Certaines personnes recherchent en effet une assiduité et une performance élevées, quand d’autres ne se donnent aucun autre objectif que de prendre l’air et se dégourdir les jambes.

C’est la raison pour laquelle la course à pied est adaptée pour tous les âges. Chaque personne pouvant avancer à son rythme, les plus jeunes comme les plus âgés qui souhaitent maintenir leur forme physique et pratiquer une activité sportive accessible, sont à même de courir. D’ailleurs, si vous vivez ou avez vécu dans la ville de Lyon, vous avez très certainement assisté ou participé aux nombreux applaudissements qui encouragent quotidiennement le fameux Jean-Pierre, un sexagénaire surnommé “le joggeur des berges”, qui arpente chaque soir les quais du Rhône d’un pas décidé.

La course à pied est également une pratique intéressante en termes de flexibilité. Encore une fois, contrairement aux salles de sport ou cours organisés par des professionnels, la course à pied ne requiert aucun horaire précis. Et dans le rythme effréné de nombreuses grandes villes, être libre en termes d’horaires pour pratiquer un sport est généralement grandement apprécié. Bien que certaines études démontrent que la course nocturne augmenterait certaines capacités, dont les aérobies du coureur.

Cette pratique ne requiert pas non plus d’équipements ou d’installations spécifiques, c’est pour cela qu’elle peut se pratiquer simplement et partout en ville. Ainsi, si vous portez un regard attentif aux personnes qui foulent le pavé dans votre ville, vous pourrez observer autant d’hommes que de femmes, de jeunes que de plus âgés, de coureurs solos que de compagnons de course. La pratique se démocratise de telle manière qu’il n’est pas rare aujourd’hui de croiser une personne courant avec une poussette !

Joggeur courant avec une poussette en ville. Source : ©️Pixabay

Joggeur courant avec une poussette en ville. Source : ©️Pixabay

Enfin, cette pratique peut être à l’origine d’interactions et de cohésion sociales au sein d’un même territoire. Dans certains cas, elle participe en effet à renforcer le lien social en ville. Le sport en général peut avoir un caractère assez fédérateur. Soit parce que l’effet de masse peut entraîner certaines personnes à rejoindre un groupe de course et à partager un moment sportif de convivialité. Soit par son aspect challengeant qui incite un groupe de personnes à se réunir. Les réseaux sociaux et diverses applications mobiles permettent aujourd’hui de regrouper des amis, familles ou collaborateurs autour de la course et de défis variés en termes de temps ou kilomètres parcourus. Certaines applications comme Ouirun sont même conçues pour faciliter la recherche de partenaires de course et de ce fait la rencontre.

La ville est-elle un environnement favorable à la pratique de la course à pied ?

Les avantages en termes de flexibilité, d’accessibilité et d’interactions sociales sont avérés, mais qu’en est-il des lieux de pratique ? L’espace urbain est-il bien adapté à la course à pied ? Et quels sont les liens qui réunissent la ville et la course à pied ?

Parce que la course, c’est aussi un moyen de parcourir et de découvrir la ville et l’environnement dans lesquels les urbains vivent. Les kilomètres parcourus augmentent naturellement plus rapidement en courant : l’opportunité pour de nombreuses personnes d’arpenter de nouveaux lieux, voire de nouvelles villes pour les plus entraînés ! Outre la découverte, elle permet également de s’attarder dans des lieux que les urbains ne prennent pas toujours le temps d’apprécier dans leur quotidien.

La plateforme numérique Flowing Data analyse ces lieux et nous propose des cartographies intéressantes pour comprendre les habitudes de course dans diverses villes du monde entier. Sans grande surprise, les espaces environnant les cours d’eau sont majoritairement privilégiés par les coureurs. Les quais de Seine, du canal Saint-Martin et de l’Ourcq à Paris, ceux de la Tamise à Londres ou encore la côte permettant d’avoir une vue imprenable sur l’océan Pacifique à San Francisco, sont autant de lieux attractifs que les amateurs de course à pied affectionnent particulièrement. Les grands espaces verts comme les parcs sont également largement représentés, comme les bois de Boulogne et de Vincennes à Paris, le Public Garden de Boston ou le Queen’s Park de Toronto. Qu’est-ce que cela révèle sur l’aménagement de nos villes ?

L’urbanisation des territoires suit l’évolution de nos sociétés. C’est-à-dire qu’à l’époque de l’émergence de la voiture, les rues étaient pensées de telle manière à favoriser leur intégration dans le paysage urbain. Depuis la prise de conscience quant à la crise écologique, les villes décident progressivement de redonner de la place aux modes doux sur leur territoire. Pour cela, des travaux de requalification de la voirie se multiplient depuis une vingtaine d’années. Des grandes villes comme Lyon ou Paris ont ainsi limité l’accès des quais aux piétons, cyclistes et autres modes actifs en développant d’importantes liaisons piétonnes. Cela participe naturellement à l’augmentation du nombre de coureurs en ville, l’environnement étant favorable en termes de paysage, mais aussi de sécurité. Il en va de même pour les villes qui bénéficient d’un grand espace vert au cœur de leur territoire.

Petite foulée matinale dans un parc urbain. - Source : ©️Pixabay

Petite foulée matinale dans un parc urbain. – Source : ©️Pixabay

Urbanisation et sport : quid de la santé

Si l’environnement urbain permet donc de partir à la découverte des beautés architecturales et paysagères d’une ville le temps de la course, qu’en est-il de ses effets sur la santé ? Du fait que l’urbanisation des territoires soit souvent associée à divers termes plutôt négatifs tels que la pollution et le manque de biodiversité, le fait est qu’en période de pic de pollution en ville, la pratique d’un sport à l’extérieur est déconseillée. Pourtant pratiquer la course à pied régulièrement permet également de lutter contre un certain nombre de maladies, de travailler son endurance, son cardio et d’exercer une activité physique qui participe à entretenir notre santé.

De plus, avec le récent confinement, nombreux sont celles et ceux qui ont multiplié les séances de sport en intérieur, l’accès aux pratiques habituelles étant restreint et certaines personnes bénéficiant davantage de temps. Nombreux également sont ceux qui n’utilisaient pas quotidiennement l’espace urbain comme espace sportif mais qui ont décidé de l’utiliser pendant cette crise sanitaire pour bénéficier de quelques dizaines de minutes par jour à l’extérieur.

Cette période de confinement requestionne ainsi la manière dont nous aménageons la ville et dont nous l’investissons. L’engouement des citoyens et des citoyennes pour les activités physiques extérieures va probablement se développer et entraîner une adaptation de nos territoires à de nouveaux besoins, à de nouvelles manières de pratiquer et d’expérimenter la ville. La tendance du sightrunning (contraction des mots tourisme et course) met en évidence l’attrait croissant de nombreuses personnes pour ce sport, associé à la découverte d’un territoire. Peut être verrons-nous ainsi cette pratique prendre un tout autre tournant à la fin du confinement, et assisterons-nous alors à l’ascension d’une nouvelle forme d’attractivité touristique…

Lumières de la Ville
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