Fieldwork Architecture, l’agence à la cool

© Les automates et les habitants à l'intérieur de la Halle Climat - Fieldwork
16 Nov 2022 | Lecture 3 min

Après avoir transformé un parking en parc végétalisé à Aubervilliers, l’agence d’architecture Fieldwork a imaginé la Halle Climat. Pensée comme un inventaire de techniques naturelles de rafraîchissement, elle rassemble les solutions vernaculaires pour lutter contre les effets du dérèglement climatique. Rencontre avec Andrej Bernik de l’agence Fieldwork.

33, c’est le nombre de jours de canicule de cet été. En 2022 plus que jamais, les citadins sont partis à la chasse à la fraîcheur. Si les villes tentent déjà depuis quelques années de végétaliser et de désimperméabiliser les espaces publics pour lutter contre les effets d’îlots de chaleur, les bâtiments eux-mêmes ont moins fait l’objet d’efforts. Avec le projet Halle Climat, l’agence d’architecture Fieldwork s’est penchée sur le sujet.

Focus froid

Andrej Bernik, l’un des trois associés, avec Delphine Luboz et Marcos Da Silva, nous explique : « Pendant longtemps, le développement durable a été considéré comme un problème d’ingénierie. On dessinait le bâtiment comme d’habitude et l’ingénieur passait derrière pour ajouter des panneaux solaires sur le toit. » Les problématiques étaient réglementaires avant d’être environnementales. La question qu’il pose alors est de savoir ce qui peut être fait en tant qu’architecte pour adresser le problème, par le dessin et le design. La réponse est la Halle Climat, un projet qui ne verra jamais le jour à part en livre, un travail de recherche sur un îlot imaginaire.

Concrètement, l’idée de la Halle Climat est de poser une membrane au-dessus d’un groupe d’immeubles pour créer un réservoir d’air frais entre les bâtiments. Dessinée sur-mesure grâce à des modélisations d’ensoleillement et des cartes de température, celle-ci viendrait atténuer les rayons du soleil, optimiser les jeux d’ombres et contenir des masses d’air. Dans le même temps, elle participerait à créer un espace commun en cœur d’îlot, une Halle dans la partie souvent négligée des projets urbains. Dans ce nouveau lieu de vie, on trouverait toute une panoplie d’automates affairés à renforcer le phénomène de rafraîchissement de l’air.

© Les automates et les habitants à l'intérieur de la Halle Climat - Fieldwork

© Les automates et les habitants à l’intérieur de la Halle Climat – Fieldwork

Sobres automates 

C’est là une des forces du travail de Fieldwork : il s’inspire et se nourrit de travaux scientifiques, notamment ceux du GIEC. Les automates sont des dispositifs créant naturellement de la fraîcheur, sans apport d’énergie. Ils sont basés sur quatre mécanismes physiques : l’évaporation, la masse, l’ombre et le courant d’air. L’agence imagine par exemple un lac intérieur situé sous un espace de détente : « l’évaporation est le seul phénomène physique qui fait baisser la température sans dépasser d’énergie supplémentaire », explique Andrej Bernik.

© "Le lac intérieur" : l'évaporation du plan d'eau permet de rafraîchir l'espace de travail au milieu - Fieldwork

© « Le lac intérieur » : l’évaporation du plan d’eau permet de rafraîchir l’espace de travail au milieu – Fieldwork

Ici, le rapprochement de deux parois permet de créer ce qu’on appelle un effet venturi : l’air accélère en passant dans le couloir plus étroit, il crée ainsi un courant d’air et une sensation de fraîcheur. Ailleurs, une crevasse dans le sol permet de télétravailler auprès des murs qui sont restés froids grâce à l’inertie thermique.

© "Le détroit de vent" : par le rapprochement des murs, on peut créer un courant d'air - Fieldwork

© « Le détroit de vent » : par le rapprochement des murs, on peut créer un courant d’air – Fieldwork

Si le travail de l’agence prend appui sur les phénomènes physiques fondamentaux, il retombe souvent sur des procédés vernaculaires mis au point depuis des siècles. Andrej Bernik cite les toits de Santorin en Grèce, le moucharabieh ou encore les tours à vent persanes qui attrapent l’air en hauteur pour ventiler l’intérieur d’un bâtiment. Des techniques ancestrales et économes pour ventiler et rafraîchir l’intérieur, qu’aujourd’hui on rangerait volontiers sous l’étiquette de la résilience ou du low tech.

Démonstrateur sur papier

De la bouche d’Andrej Bernik lui-même, cette canopée sur-mesure n’a pas de sens économique. La Halle n’a pas vocation à être réellement érigée en l’état. Elle vient cependant faire la démonstration d’une certaine manière de corriger la ville, en conciliant les enjeux environnementaux et sociaux. De la même manière, tous les automates n’ont pas vocation à être utilisés ensemble. Le choix d’utiliser l’un ou l’autre doit être circonstancié. En vérité, la Halle Climat se pense comme un catalogue de solutions de rafraîchissement dans lequel un projet d’aménagement pourra piocher.

« C’est un démonstrateur sur papier, plaisante Andrej Bernik. Ça peut être reproduit sur d’autres sites ». L’architecte souligne au passage que le projet à trouvé de nombreux soutiens institutionnels « comme l’Ademe, la région, l’Agence de l’eau ou l’Agence Parisienne du Climat ». Signe que ces techniques et ces automates pourraient trouver des applications à l’avenir.

Usbek & Rica
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