Faut-il laisser les mauvaises herbes envahir les villes ?

© Kairosing de la part de Getty images
29 Mar 2022 | Lecture 2 min

À la faveur des politiques de végétalisation des villes, un regain d’intérêt émerge pour la « végétation spontanée », une pratique qui consiste à laisser pousser fleurs sauvages et adventices le long des trottoirs et bâtiments. Mais jusqu’à quel point faut-il aller ?

Les adventices, ou plus communément appelées « mauvaises herbes », sont présentes partout dans nos rues et représentent un enjeu esthétique pour les villes. Si pour certains d’entre nous ces mauvaises herbes passent le plus souvent inaperçues, les enjeux de désherbage sont toutefois pris au sérieux par les villes, qui pendant longtemps n’ont pas hésité à user de produits désherbants pour se débarrasser de ces végétaux indésirables.

Jusqu’à récemment, la France était d’ailleurs le premier producteur et consommateur européen de pesticides. Mais depuis la loi LABBÉ mise en application début 2017, l’usage des produits phytosanitaires est proscrit à l’ensemble des personnes publiques, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales, et les établissements publics. La loi s’applique donc aux espaces verts, aux voiries et promenades ouvertes au public. La végétation spontanée est ainsi favorisée par cette loi, d’autant plus que les objectifs de santé publique et de préservation de l’environnement ont mené un nombre croissant de collectivités à diminuer ou abandonner le traitement des mauvaises herbes.

Mais si la population perçoit parfois cette végétation comme néfaste et envahissante, et peut faire preuve de réticences face à la diminution des traitements contre les mauvaises herbes, cette végétation n’est pourtant pas forcément gênante et possède même certaines qualités.

© Björn Forenius pour Getty images pro

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La mise en place d’une « gestion différenciée » des espaces verts, une pratique plus respectueuse de l’environnement qui fait place nette aux mauvaises herbes

Un proverbe français veut « qu’à chemin trop battu, il ne pousse jamais d’herbe ». Ce vieil adage a bien été entendu par les villes, qui face à la récente législation et aux enjeux de végétalisation croissants ont laissé la nature reprendre de plus en plus ses droits en milieu urbain.

Les mauvaises herbes bénéficient donc de ce traitement de faveur, d’autant plus qu’elles ne sont pas dénuées de vertus. On sait ainsi que les adventices ont pour caractéristique d’améliorer la composition du sol en le rechargeant en azote, ce qui est bénéfique pour l’ensemble de la végétation. C’est le cas par exemple du trèfle, ou encore de l’ortie.

Les adventices favorisent également la biodiversité : le chardon, le lierre ou encore le persil sauvage ont notamment pour spécificité d’attirer les insectes. Dans des villes déjà très minérales où les espaces verts sont peu nombreux, la régression de ces mauvaises herbes entraîne de fait la diminution d’une quantité d’espèces animales et végétales qui leur sont associées.

De manière générale, la présence de mauvaises herbes dans les villes participe à la végétalisation de ces dernières, et donc à l’amélioration de la qualité de l’air et de vie des habitants. Elles participent aussi à l’atténuation des îlots de chaleur, ce qui a directement des conséquences positives sur la santé humaine.

Les mauvaises herbes sont aussi associées à une idée de « naturel », qui peut servir à compenser le formalisme du béton. Cette présence du naturel dans le quotidien des habitants de villes possède des effets psychologiques reconnus et participe à réduire le stress, l’anxiété, ou encore les maladies inflammatoires comme l’asthme.

Cette approche plus raisonnée de la végétation spontanée rentre dans le cadre de la « gestion différenciée des espaces verts », qui permet de respecter davantage l’environnement en favorisant la biodiversité et en réduisant l’utilisation de pesticides. Nombreuses sont les villes telles que Pau, Auxerre, ou encore Quimper qui ont adopté cette approche différenciée récemment.

© MabelAmber - Pixabay

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Une pratique qui doit aussi prendre en compte les habitants

Si la gestion différenciée des espaces verts et la végétalisation sont reconnues comme étant bénéfiques, certains inconvénients des mauvaises herbes sont parfois pointés du doigt. Certaines, comme l’ambroisie ou des graines de datura, sont en effet toxiques et peuvent provoquer des allergies, tandis que d’autres peuvent également servir d’hôtes pour des insectes nuisibles ou encore des champignons.

Toutefois, la plupart des appréhensions liées aux mauvaises herbes est liée au monde agricole, dans lequel leur présence peut en effet être problématique. En ville, les enjeux sont différents et les adventices ne sont pas aussi désavantageuses. La réticence réside plutôt auprès des habitants, qui ne sont pas toujours habitués à voir la végétation spontanée coloniser les rues. Pour certains, la présence des mauvaises herbes dans leur environnement quotidien est synonyme de manque d’entretien, ou encore de saleté, qui nuirait à la propreté de la ville. La présence de ces herbes sauvages amène aussi certaines craintes d’insécurité, de par leur aspect « sauvage », c’est-à-dire non maîtrisé par l’homme.

Selon une étude réalisée par l’institut Yougov en mai 2021, il apparaît ainsi que 79% des français sont en faveur de la végétation spontanée en ville, mais que pour 66% d’entre eux, cette végétation ne doit pas être envahissante et nécessite un encadrement.

C’est pour cette raison que des initiatives visant à sensibiliser le public et à promouvoir l’importance de la flore spontanée ont vu le jour. C’est le cas du programme Acceptaflore, qui a pour objectif de comprendre la perception de la végétation spontanée par le public pour sensibiliser la population. Des initiatives proposant une meilleure compréhension de cette végétation ont également été lancées sous la forme d’applications, c’est le cas notamment de « Sauvage de ma rue », une application issue de l’observatoire participatif de Vigie-Nature. Le but est de permettre aux citadins de mieux connaître les plantes sauvages qui poussent partout autour d’eux, sur les trottoirs, les pelouses… L’application propose ainsi d’identifier des variétés de plantes différentes repérées en milieu urbain, et de photographier les espèces dénichées.

Des initiatives à même de lever les réticences et permettre à nos trottoirs de prendre des aspects plus naturels, ce qui correspond, aussi, à une certaine vision de la ville verte qui pourrait donc se développer à l’avenir.

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