L’Electrolab de Nanterre, temple d’ingéniosité

3 Avr 2019

« 1500m² pour inventer », c’est la promesse de l’Electrolab, un des plus grands hackerspace d’Europe. Imprimante 3D, bidouille électronique et mécanique, récup’ industrielle, le lieu est un point de ralliement pour tous les débrouillards d’Île de France.

Formation sur fraiseuse numérique

Formation sur fraiseuse numérique – Electrolab

Voyage au bout de la ZAC

Il faut d’abord descendre à Nanterre-Ville, puis marcher quelques minutes en tournant le dos au centre commercial qui doit être détruit dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine. Après avoir longé les parapets de l’autoroute A86, on s’engage à droite rue Paul Lescop, au milieu des grossistes de meubles ou de carrelage. Pas une âme en vue. On dépasse – non sans déception – le bistrot Moulin Allard, petite enclave de lumière et d’animation dans la ZAC des Guilleraies. Et là, sur les grilles, une pancarte annonce : « Electrolab hackerspace – 1500 m² pour inventer – Entrée à droite, au fond du parking ». En poussant la porte au fond du parking, on est tout de suite accueilli par une odeur d’oignons qui mijotent et de circuits imprimés. C’est mardi soir, le soir de la nocturne.

Dans la vieille zone industrielle de Nanterre, l’Electrolab est un des plus grands hackerspace d’Europe. L’idée ici est de réunir du matériel et des gens aux compétences multiples pour expérimenter, inventer ou fabriquer des objets de tout genre. De la fonderie à la découpe laser, de la fraiseuse à l’imprimante 3D, la particularité d’un tel lieu est la mise à disposition de machines souvent inaccessibles au grand public. En adhérant à l’association, chaque membre peut laisser libre court à sa créativité, apprendre à utiliser chaque machine ou se spécialiser sur une seule, mener un projet précis ou papillonner. Régulièrement l’arène de la coupe d’Île de France de robotique, l’Electrolab a vu naître des brodeuses électroniques ou un lanceur automatique de volants de badminton.

Plan de l'Electrolab

Plan de l’Electrolab

Royaume de la bidouille

Une dizaine de personnes sont là pour découvrir le lieu. À gauche, une famille est venue voir quel est ce mystérieux endroit où leur fils passe une bonne partie de son temps libre, à droite, de jeunes ingénieurs curieux de connaître le potentiel du lieu. « Nous ne sommes ni un fablab, ni un repaire de méchants pirates informatiques » prévient Flax, membre depuis 2015 qui mène aujourd’hui la visite. « Nous sommes une association loi 1901, avec des salariés, dont la mission est de partager des savoirs et des savoirs faire ».

Petite mise au point pour les non-initiés, un hacker est un bidouilleur ou un bricoleur, quelqu’un qui préfère comprendre et s’approprier les technologies plutôt que de les subir. Dans un hackerspace, un peu comme dans un garage, on trouve donc un joyeux chaos d’objets éventrés, de pièces détachées et de machines industrielles de plusieurs tonnes. Quelle différence avec un FabLab ? Le mot valise (tiré de l’anglais « fabrication laboratory », laboratoire de fabrication) est une marque déposée par le MIT qui répond à une charte précise. Cette charte impose certaines conditions de propriété intellectuelle et l’utilisation de certains outils. Pour Flax, « elle permet notamment de commencer un projet dans un fablab et de le finir dans un autre, puisque les machines et les logiciels sont les mêmes, mais cela tend aussi à normaliser ces lieux d’expérimentation ».

Hack d'une machine à coudre transformée en brodeuse numérique

Hack d’une machine à coudre transformée en brodeuse numérique – Electrolab

La “do-ocratie”

C’est un des enjeux ici : si chacun peut mener librement son projet personnel, le lieu a été aménagé par les membres et continue d’évoluer à leur image. « L’Electrolab est le plus gros projet de l’Electrolab » résume notre guide. Laboratoire vivant depuis la fin 2010, les adhérents sont invités une fois par mois à venir retaper un bout de cet ancien local de stockage le temps d’un week end. Pendant ces moments de rénovation collectifs, on coule du béton, on refait la peinture, on réaménage la cuisine, on pose un système d’aération… « C’est une do-ocratie, une organisation par le faire » revendique Flax, également référent de l’atelier de conception de circuit imprimé. « L’organisation est horizontale, les membres actuels du conseil d’administration sont simplement ceux qui sont les plus actifs. »

L’Electrolab veille d’ailleurs à garder des cotisations très faibles, 20€ pour les particuliers contre 120€ en moyenne dans les autres hackerspaces. La volonté est de rester le plus inclusif possible et de s’ouvrir à un maximum de monde. Afin de rester indépendant l’Electrolab s’efforce de limiter les subventions et diversifie ses revenus. Une partie vient des cotisations, une autre du bar et la dernière des partenariats, comme celui mené avec l’ESME (École Spéciale de Mécanique et d’Électricité). Locataire, l’association doit payer un loyer pour les 1500m² et refuse de devenir prestataire. Elle tient donc un budget serré.

Atelier d'initiation à l'électronique à destination du jeune public

Atelier d’initiation à l’électronique à destination du jeune public – Electrolab

Exploration spatiale

Conséquence de quoi, tous les équipements sont de la récup’. Côté fonderie, on trouve une ancienne machine SNCF. À la mécanique lourde, une fraiseuse de 50 tonnes a été récupérée chez un particulier. La bête a dû bénéficier d’un traitement de faveur : pour la stabiliser il a fallu creuser 40 cm dans la dalle en béton. Les serveurs viennent quant à eux du ministère de la défense et de la mairie de Nanterre, la chaleur qu’ils dégagent est récupérée pour chauffer les ateliers. Côté électronique, des dizaines d’oscilloscopes squattent les étagères, chacun porte une pastille de couleur qui indique s’il est en libre-service, s’il appartient à un membre ou s’il nécessite des mesures de précaution particulières.

Session de démonstration de fonderie lors du summer camp 2015 du Chaos Computer Club au nord de Berlin

Session de démonstration de fonderie lors du summer camp 2015 du Chaos Computer Club au nord de Berlin – Electrolab

Parmi les chantiers les plus impressionnants, l’équipe a réussi à monter une vieille antenne radio de l’armée Suisse sur le toit. Alors que celle-ci prenait la poussière depuis un moment, Polytechnique a accepté de soutenir financièrement l’opération, en particulier la location d’une nacelle. Les étudiants de l’X avaient effectivement besoin d’une antenne de secours pour communiquer avec leurs CubeSat. Ces micro-satellites peuvent être chargés à faible coût dans les espaces vides de lanceurs et permettent ainsi à des amateurs de lancer leurs propres satellites et de mener des expérimentations. En partenariat avec le Centre National des Études Spatiales (CNES), le hackerspace accueille également la fédération Open Space Makers. Un programme innovant visant à faciliter l’accès aux infrastructures et ainsi démocratiser la connaissance spatiale.

À mi-chemin entre ingénierie, Do It Yourself et économie circulaire, l’Electrolab est comme un temple de l’ingéniosité. Il témoigne de l’importance des hackerspaces en ville pour la circulation des savoirs. Connectés aux autres hackerspace de la région et du monde, il est aussi un lieu de convivialité. Peu importe l’heure du dernier RER, impossible de partir avant de goûter ces lasagnes aux champignons.

Les poids lourds de l'espace mécanique

Les poids lourds de l’espace mécanique – Electrolab

Usbek & Rica

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