Dérèglement climatique : finirons-nous par devenir nomade ?

Photo de couverture - Khongtham sur getty
13 Déc 2022 | Lecture 3 min

Alors que l’été 2022 est considéré comme le plus chaud jamais enregistré, les signes du réchauffement climatique sont désormais bien visibles par tous.

Les habitants des villes ont d’autant plus souffert des températures élevées du fait que les espaces urbains ne sont pas forcément adaptés aux fortes chaleurs.  C’est pour cela que beaucoup ont d’ailleurs fui les villes, s’exilant le temps de quelques jours ou semaines à l’air plus frais de la campagne.

Beaucoup disent que la canicule de cet été n’est qu’un prémice de ce qu’il se passera dans les prochaines années. Quel impact le dérèglement climatique aura-t-il sur nos modes de vie urbains de demain ? Sommes nous condamnés à redevenir nomade pour fuir les chaleurs urbaines ?

L’urbanisation accrue du XXIème siècle nous fait souvent oublier qu’originellement l’homme est né nomade. Vivant au rythme des saisons, tirer un maximum parti de ce que la nature peut offrir, autant de raisons qui l’ont poussé à se déplacer au gré du temps. L’histoire de sa sédentarisation est lente, tout comme celle de l’histoire des constructions des villes. Pourtant au fil des siècles, ce mode de vie en accord avec la protection de la planète, s’est peu à peu effacé pour laisser place à la construction d’une société sédimentaire, organisée autour de pôles d’activités, qui constituent désormais nos villes.

Mais l’urbanisation accélérée de ces dernières décennies, et ce sur l’ensemble des continents de la planète, a fortement impacté le climat. Elle a engendré la destruction de terres naturelles et de la biodiversité, l’augmentation de la pollution avec une forte concentration des activités humaines, et participe donc activement au dérèglement climatique qui fait désormais partie de nos quotidiens.

Nous voilà face à un dilemme qui risque de s’accentuer dans les prochaines années : faut-il quitter les villes dans lesquelles les effets du réchauffement climatique sont plus importants qu’en campagne ou au contraire faut-il les transformer ?

La ville, un élément inadapté au dérèglement climatique ?


“L’été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré en Europe” a annoncé le programme le service européen sur le changement climatique Copernicus en novembre dernier. Avec +0,4 degrés de moyenne enregistrés pendant les mois de juillet et août, les effets de l’augmentation des températures se sont fait
largement ressentir sur l’ensemble du territoire français. Un été décrit comme beaucoup comme le plus frais des prochaines décennies, alarmant ainsi les autorités politiques et les poussant à agir.

Une vague de chaleur qui a particulièrement touché les zones urbaines où les températures ont dépassé les records enregistrés, notamment dans des régions jusqu’à la protégée des fortes chaleurs : la ville de Brest a enregistré un pic à 39,3°C. En plus des pics de chaleurs extrêmes en journée, les zones urbaines ont également souffert de nuits chaudes. La ville de Nice a, par exemple, connu 56 nuits tropicales (où la température minimale ne passe pas en dessous des 20°C pendant la nuit) durant la période estivale. Des conditions climatiques qui ont rendu difficilement supportables les mois d’été pour les 50 millions de citadins français. Les plus chanceux ont pu s’échapper des fournaises urbaines le temps de quelques jours, les moins chanceux ont quant à eux dû patiemment attendre la diminution des températures pour souffler un peu.

Mais comment expliquer de telles conditions au sein des villes ? « La différence de température entre une zone urbaine et sa périphérie, qui peut atteindre jusqu’à + 10 °C à Paris et + 6 °C à Toulouse, dépend de la taille de la ville, son emplacement géographique, son climat… », explique Valéry Masson, spécialiste de la climatologie urbaine au Centre national de recherches météorologiques (Météo-France et CNRS). Viennent se rajouter à ces invariants primaux des critères secondaires qui amplifient les phénomènes d’îlot de chaleur. Le manque de végétation au sein des espaces bâtis, la forte minéralité des revêtements urbains, l’absence de points d’eau, participent activement à maintenir et amplifier la chaleur. Autant de critères qui sont néanmoins très présents dans nos villes et qui nous prouvent, qu’actuellement, elles ne sont pas adaptées aux changements que le dérèglement climatique nous impose.

L’augmentation des périodes de fortes chaleurs pousse cependant les acteurs de la fabrique urbaine à revoir leur copie. Preuve en est, l’apparition du terme de résilience urbaine ces dernières années qui s’est imposé comme un objectif à atteindre. La ville doit faire preuve d’agilité pour diminuer au maximum les effets du réchauffement climatique, et permettre à ses habitants de pouvoir continuer d’y résider en souffrant au minimum. Les prismes de l’aménagement urbain évoluent pour adapter progressivement les codes de la conception climatique, notamment pour les espaces publics. On pousse la révégétalisation des espaces, on favorise le déploiement de matériaux respirants, on aménage des espaces avec des points d’eau…

Mais cela sera-t-il suffisant ? La densité propre aux espaces urbains risque d’être en contradiction avec son adéquation à l’évolution du climat et il semblerait que les extrêmes ne fassent pas bon ménage avec les villes. Devrons-nous alors un jour fuir les villes l’été et redevenir nomades quelques mois par an ?

Le nomadisme, pratique d’avenir  ?

Alors que le nomadisme a longtemps été le mode de vie majoritaire de l’Homme sur Terre, il ne représente aujourd’hui qu’une infime partie des pratiques. Que ce soit pour travailler, comme les Roms ou Gitans en Europe, ou encore pour élever du bétail comme les Touaregs ou Pasteurs mongoles, ou pour survivre aux températures extrêmes comme les Inuits, les nomades font perdurer ce mode de vie traditionnel qui se révèle largement moins prédateur des ressources naturelles, et plus propice à la préservation de l’environnement. Pour autant, ils se retrouvent à être les plus touchés par le dérèglement climatique du fait que leur milieu naturel d’habitat soit soumis aux climats les plus extrêmes (désert, steppe, calotte glaciaire…) engendrés par le sédentarisme de la très grande majorité. Un paradoxe qu’il s’agirait peut-être de rééquilibrer.

Le nomadisme séduit pourtant de plus en plus. Ces néo-nomades adoptent un mode de vie itinérant permis par des pratiques numériques, de travail et sociales actuelles. Le développement du tourisme a poussé certains travailleurs à adopter un mode de vie saisonnier. L’été en bord de plage et l’hiver en station de ski, ces travailleurs polytopiques adoptent déjà des réflexes qui pourraient se généraliser à l’ensemble de la population : se déplacer en fonction des saisons. Avec plusieurs habitations, la souplesse de leur mode de vie leur permet de tirer un maximum parti de périodes souhaitées.
Plus récemment, le digital nomadisme a séduit plus d’un travailleur. Le principe ? Travailler dans n’importe quel lieu grâce à une bonne connexion internet.

Fernando rodriguez novoa ©Getty

Fernando rodriguez novoa ©Getty

Plus obligé d’être attaché au lieu de son travail, le digital nomade voyage au gré de ses envies. Même si le digital nomadisme n’est réservé qu’à un très faible nombre de travailleurs, la généralisation et le développement du télétravail lors de la pandémie mondiale de la Covid-19 a ouvert pour beaucoup la possibilité de travailler dans des lieux différents. Il est intéressant de souligner que les pratiques issues du néo-nomadisme n’ont souvent pas grand chose à voir avec le nomadisme traditionnel. Il se révèle être un mode de vie très peu éco-responsable, avec l’adaptation d’une mobilité extrême et polluante pour se rendre à l’autre bout de la planète.

Vers du nomadisme local ?

Alors si le mode de vie des néo-nomades participe au dérèglement climatique, et si nos villes n’arrivent pas à s’adapter aux dérèglements climatiques en cours, comment faire ?
L’une des premières pistes à explorer serait de favoriser le local dans l’adoption d’un mode de vie nomade. À l’image du nomadisme traditionnel, l’idée est de tirer parti des conditions optimales des environnements proches pour améliorer son confort de vie. À une échelle raisonnée, le nomadisme permettrait ainsi de désengorger les villes sur des temporalités courtes, et d’améliorer les conditions de vie des urbains. Mais pouvoir s’échapper quelques jours des fournaises urbaines vers des lieux de proximité respirants est un rêve que finalement seuls les plus privilégiés peuvent toucher du doigt. Une injustice sociale et climatique qu’il s’agirait de gommer grâce à la création d’espaces d’accueil temporaire locaux et accessibles à toutes les populations. Un nomadisme local qui permettrait alors de combiner l’adoption d’un mode de vie durable, inspiré des traditions ancestrales avec nos réalités sociétales modernes où l’activité est concentrée autour de grands pôles urbains.

LDV Studio Urbain
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