Demain, à quoi ressembleront nos écoles ? - Demain la ville

Demain, à quoi ressembleront nos écoles ?

© Capturing the human heart via Unsplash
28 Sep 2021 | Lecture 5 min

L’architecture, et la fabrique urbaine à une échelle plus globale, se transforment et innovent sans cesse. Elles s’adaptent à l’évolution de nos sociétés et aux diverses crises sociales, sanitaires, climatiques et économiques qu’elles traversent. L’aménagement et la morphologie de nos villes impactent, de fait, naturellement la manière dont nous habitons, nous déplaçons ou même consommons.

Dans cette logique, la conception de nos écoles concentre des enjeux et des problématiques bien spécifiques, de la place accordée aux enfants dans le domaine de la fabrique urbaine à l’épanouissement de ces derniers au sein des établissements scolaires. Quelles nouvelles approches pédagogiques, en lien avec l’architecture des écoles, émergent dans le secteur de l’éducation ? Comment certaines structures de bâtiments ou configurations d’espaces peuvent-elles impacter, dans une démarche durable et positive, le développement personnel des élèves ?

De tout temps, et même si l’inverse est tout aussi vrai, l’architecture et l’aménagement de nos territoires ont influencé, voire conditionné, nos modes de vie et nos quotidiens. Les historiques normes hygiénistes du XIXème siècle, par la restructuration spatiale de nos villes via des travaux d’assainissement, de végétalisation ou encore d’aération, ont par exemple participé à garantir une meilleure santé et le bien-être des citadines et citadins. De même, la création d’îlots de fraîcheur, le contrôle des consommations énergétiques des bâtiments ou l’utilisation de matériaux biosourcés dans les nouvelles constructions permettent de limiter les effets néfastes de la pollution urbaine, et plus largement du dérèglement climatique. L’éducation n’échappe pas aux règles de ces jeux d’interdépendances. En effet, la manière dont nous concevons et construisons les établissements scolaires et universitaires impacte indirectement la vie et l’évolution des élèves, et, de fait, l’évolution de nos sociétés.

L’éducation : seule et unique fonction de nos écoles ?

Depuis Charlemagne, l’école a bien changé ! L’aménagement des lieux d’apprentissage, leur architecture, tout comme leur fonction se transforment au rythme des grandes évolutions sociétales. Au XVIIème siècle, c’est au sein de vastes demeures privées que les élèves, issus de familles privilégiées, se succèdent au bureau du maître. L’enseignement est alors centré sur une fonction morale et religieuse, dépendant de l’autorité ecclésiastique, et, naturellement, non-mixte. Puis, progressivement, naît le bâtiment-école, qui devient, selon l’historien Paul Ardenne, “un symbole topographique et sémantique, celui de l’intégration de l’individu scolarisé au collectif”.

Le premier traité d’architecture scolaire est conçu par Auguste Bouillon et inspire la loi Guizot de 1833. De nouvelles réflexions architecturales vont émerger impliquant une reconsidération de l’aménagement intérieur, dont la localisation des sanitaires, les typologies des cours de récréation et des préaux, mais aussi d’ores et déjà un travail sur l’éclairage et la luminosité des salles de classe. Les lois Ferry en 1882 et 1883 vont quant à elles participer à l’unification de l’architecture scolaire, en élaborant des plans type de bâtiments, en L, en U ou en T.

L’architecture Pailleron, l’école caserne ou encore l’architecture paquebot configurent ensuite le paysage scolaire du XXème siècle. La configuration urbaine de ces établissements conserve cependant une fonction bien précise : la surveillance. Chaque aménagement d’espace n’est pas pensé au hasard, mais bien pour faciliter le contrôle et la protection des élèves. Une fonction qui tend aujourd’hui à évoluer, notamment dans un contexte de crise sanitaire. Et son impact concerne bien la globalité de la fabrique urbaine, des logements aux bureaux en passant par les espaces publics et les établissements scolaires. Tout comme la tuberculose avait à l’époque imposé un renouvellement de l’architecture scolaire, la Covid-19 révèle de nouveaux enjeux urbains. Les diverses périodes de confinement ont en effet mis en lumière l’envie, voire le profond besoin des citadines et citadins de bénéficier d’espaces de vie, de travail, de loisirs et d’éducation plus confortables, plus ouverts sur l’extérieur, plus modulables.

L’architecture et l’aménagement de nos écoles évoluent ainsi en lien avec les nouveaux défis sociaux, climatiques, sanitaires ou économiques de chaque époque. Ce qui entraîne, en parallèle, l’évolution de la fonction même de l’établissement scolaire. Conçue hier pour transmettre des savoirs théologiques et philosophiques, aujourd’hui pour préparer les élèves à leurs futures études et métiers, l’école sera-t-elle demain consacrée à tout autre chose ? Les élèves passent la majorité de leur enfance, puis de leur jeunesse à l’école, et leur éducation au sein de ces établissements conditionne, en partie, leur devenir. Finalement, l’école ne serait-elle donc pas, plus qu’un lieu d’apprentissage purement scolaire, mais bien un lieu de passage de l’enfant à l’âge adulte, de l’élève au citoyen et à la citoyenne ?

Une salle de classe japonaise © Hiroyoshi Urushima via Unsplash

Une salle de classe japonaise © Hiroyoshi Urushima via Unsplash

De l’apprentissage à l’épanouissement

Grandir, mûrir, devenir citoyen et citoyenne, cela comporte des enjeux très divers, et la configuration de nos villes, notamment des lieux dédiés à l’éducation, peuvent concrètement avoir un impact sur cette évolution. L’aménagement, la minéralité d’une cour de récréation, les couleurs des façades, l’entretien des locaux peuvent favoriser ou, au contraire empêcher, certains réflexes, comportements, habitudes et même induire certaines valeurs. Et, de fait, être déterminants dans le développement personnel des élèves.

Le sujet du bien-être semble être l’un des plus importants. La crise sanitaire a permis de révéler cette problématique urbaine prioritaire : les citadines et citadins ont besoin de lieux de vie prenant davantage en compte les notions de bien-être, de confort, de sérénité, dans les espaces publics comme privés. Les habitants recherchent aujourd’hui des logements lumineux, avec des surfaces généreuses et bénéficiant d’un accès à l’extérieur. Tandis que les salariés sont de plus en plus attentifs aux avantages en nature que peuvent proposer les entreprises, tels que des salles de repos ou des baby-foot, les élèves eux aussi aspirent à étudier au sein de lieux agréables à vivre. Selon Pascal Clerc, professeur des universités en géographie à CY-Cergy-Paris-Université, “la question du bien-être des élèves dans l’école reste problématique en 2021”. En partie parce que les enfants et les jeunes sont seulement considérés comme des élèves, et l’école encore comme un lieu uniquement dédié à l’éducation et à l’apprentissage, omettant parfois qu’il s’agit d’un lieu de vie au sein duquel des individus interagissent entre eux et s’épanouissent. C’est la raison pour laquelle la rénovation du collège La Justice de Cergy-Pontoise a été rythmée par l’ambition de mettre “l’architecture au service de toutes les pédagogies” et de créer un lieu ouvert sur son environnement, accueillant, où chacun a sa place et se sent bien”.

Aussi, la configuration d’une école peut influencer les futurs engagements et comportements en société des élèves. En effet, plus on investit des espaces urbains inclusifs dès son jeune âge, plus on est à même de comprendre certains enjeux, liés au genre, aux classes sociales, au handicap, et de vivre dans le respect de toutes et tous. Une fois de plus, l’architecture des écoles a tout un rôle à jouer dans la création d’aménagements favorisant l’inclusivité. Sur la problématique du genre, par exemple, de nombreux professionnels assurent aujourd’hui que la géographie des cours de récréation peut impacter les rapports d’égalité entre les filles et les garçons. Edith Maruéjouls, docteure en géographie, à la tête du bureau d’études L’Arobe spécialisé sur les questions d’égalité dans l’espace public, constate que “dans les cours, si aucune règle n’est instaurée, 20 % des garçons occupent 80 % de la surface en s’appropriant l’espace central pour jouer au foot”. Dans la même démarche d’inclusivité, des architectes s’intéressent à l’impact des conceptions architecturales, notamment des écoles, sur les conditions de vie d’enfants atteints d’autisme. C’est ainsi que des réflexions sur l’acoustique ou bien la luminosité des bâtiments, via une architecture qualifiée de sensitive, peuvent permettre de construire des écoles prenant en compte les besoins de chacune et chacun, mais également d’éduquer les élèves au vivre-ensemble.

Des élèves se tenant la main © Ben Wicks via Unsplash

Des élèves se tenant la main © Ben Wicks via Unsplash

L’établissement scolaire : vers les lieux et modes de vie éco-responsables de demain

Que cela concerne des enjeux d’inclusivité, de bien-être, de santé des élèves, il est évidemment nécessaire d’appliquer concrètement ces réflexions via de nouveaux modes de conception et de construction. Concernant l’aspect technique de ces nouveaux modes de faire, la tendance est à l’architecture éco-responsable. Ainsi, l’utilisation de matériaux biosourcés, les jeux de transparence pour laisser entrer la lumière naturelle, ou encore la proximité des bâtiments avec la nature procurent un impact positif à la fois sur la santé physique et morale des usagers, mais aussi directement sur l’environnement. De nombreux exemples commencent à émerger pour combiner ce double enjeu sanitaire et climatique. La ville de Toulouse a récemment lancé un plan de métamorphose de ses écoles pour multiplier la création de “cours oasis” et laisser de plus en plus de place aux végétaux et aux espaces de pleine terre. De même, les architectes Bruno Mader et Mabire-Reich ont collaboré, il y a maintenant quelques années, pour concevoir le groupe scolaire Aimé Césaire à Nantes, un équipement pensé comme le prolongement naturel du parc des Chantiers, étant conçu à partir d’une morphologie organique” et initiant une “pédagogie spatiale. Des jardins aériens, de longues perspectives visuelles, des espaces mutualisés entre les différents niveaux scolaires assurent cet étroit lien entre apprentissage scolaire et épanouissement des élèves.

Dans la même démarche, l’agence d’architecture danoise Henning Larsen a réalisé la première école du pays à recevoir le Nordic Ecolabel récompensant des projets éco-responsables. The New School, dans la municipalité de Guldborgsund, assure une vaste ouverture des bâtiments sur l’environnement naturel extérieur, l’accès aux élèves d’une toiture verte, ainsi que la possibilité de modifier l’agencement intérieur des aménagements à moyen et long terme. Ce principe d’architecture ajustable, voire modulaire, convainc de plus en plus de professionnels de la fabrique urbaine. De l’assemblage en conteneur, qui permet de monter une “école en kit” dans un laps de temps rapide et pour un coût maîtrisé, à l’élaboration d’espaces spécifiques, modulables ou réversibles, au sein des nouvelles constructions, l’architecture modulaire pourrait demain accompagner l’évolution scolaire et personnelle des élèves, de la crèche au lycée ! Toujours à Nantes, l’école Joséphine Baker devrait, dans les années à venir, illustrer ce nouveau tournant dans la transformation des groupes scolaires. “Conçu en modulaire : ses blocs seront facilement démontables, transportables et remontables selon les besoins démographiques”.

De plus en plus expérimentaux, ces nouveaux modèles enclenchent des réflexions, des études et des actions concrètes en faveur d’une plus grande diversité d’usages au sein des bâtiments scolaires. La rénovation du collège La Justice, à Cergy-Pontoise, en est une belle illustration. Pendant plus d’un an, architectes, designers, ainsi qu’enseignants et élèves ont collectivement réfléchi à la future morphologie, mais également aux futurs services et dynamiques qui pourraient demain rythmer l’établissement. Des sujets comme la chronotopie ont été abordés, à travers l’ambition d’ouvrir le centre de documentation et d’information du collège en bibliothèque à destination des habitants du quartier le week-end. En lien avec les enjeux de la concertation publique sur le bâti scolaire “Bâtir l’école ensemble”, l’objectif de ce projet est aussi de faire participer et d’intégrer très concrètement les principaux usagers du site : les élèves.

C’est ainsi que des membres de l’agence de design d’intérêt général Vraiment Vraiment ont passé près de 3 mois en immersion au sein du collège, afin de rencontrer enseignants et élèves et travailler avec eux sur le devenir des bâtiments. Ensemble, ils ont eu l’opportunité d’établir divers scénarios qu’ils ont expérimentés grandeur nature, puis pérennisés ou abandonnés. Du réaménagement du hall, à l’implantation d’un nouveau mobilier urbain, ces expérimentations, non figées, évolutives et co-construites, sont un moyen efficace pour répondre au plus près des attentes locales. Parfois, l’expérimentation consiste également à sortir la classe de son enveloppe architecturale, pour se tenir en ville ou même en pleine nature.

Des élèves profitant de l'extérieur © Tina Floersch via Unsplash

Des élèves profitant de l’extérieur © Tina Floersch via Unsplash

Il n’est plus rare aujourd’hui de voir des enseignants pratiquer la “classe dehors”. Cela peut s’avérer être bénéfique à plusieurs niveaux. D’abord, pour sensibiliser les plus jeunes aux défis environnementaux et climatiques, naturellement, en menant un apprentissage sur les formes de biodiversité qui existent dans nos territoires, sur leur préservation et leur rôle dans l’écosystème global. Mais aussi, pour des matières davantage conventionnelles, dont l’accès à l’extérieur permet d’imaginer une méthode bien plus originale et ludique. Pour transmettre des connaissances en mathématiques par exemple, des instituteurs et institutrices encouragent la classe dehors, pendant laquelle les élèves sont entourés de formes et de volumes géométriques intéressants. Ou même pour le français, une matière pour laquelle les élèves peuvent être amenés à réciter une poésie sur une place publique. Cela permet de varier le type de compétences acquises, en sortant du champ scolaire pour travailler la confiance en soi, l’autonomie, ou même la créativité ! D’ailleurs, comme l’indiquait cette tribune du journal Le Monde, pratiquer la classe dehors est “bon pour la santé physique et psychique, et favorise le développement cognitif, émotionnel et moteur des enfants”.

Le rôle de l’architecte et de l’urbaniste tend à évoluer, pour ne plus se concentrer uniquement sur des aspects techniques, mais de plus en plus dans l’objectif d’accompagner les habitants, salariés, élèves dans un projet de vie. Le fait est que les bâtiments que nous construisons, et notamment les écoles, sont avant tout des lieux au sein desquels nous passons un temps considérable. Ils ont, de fait, nécessairement un impact direct sur notre quotidien, nos modes de vie et notre développement personnel. Actuellement, de nombreux acteurs et actrices émergent et se spécialisent donc dans la maîtrise d’usage, consistant, en partie, à produire des projets concertés, co-pensés et co-construits. L’école de demain ne devrait-elle pas systématiquement intégrer cette logique ? Accompagner les enfants à devenir adolescents et les adolescents à devenir adultes, cela passe, naturellement par l’éducation, mais aussi par la mutation des lieux dans lesquels ils et elles évoluent. L’architecture scolaire de demain pourrait ainsi s’engager progressivement vers des modèles plus concertés, plus collaboratifs et plus démocratiques.

LDV Studio Urbain
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