Comment concilier terroir et ville durable ?

La notion de terroir est souvent associée au milieu rural, comment lui faire une place dans l’espace urbain ? © ADT04
10 Avr 2020 | Lecture 3 minutes

C’est bien connu, les Français aiment se démarquer. Les us et coutumes, le style de vie, la culture… L’exception française est une fierté, une revendication. En matière de langage, ce particularisme se fait également sentir. Il est, par exemple, un mot qui ne trouve aucune traduction dans les autres langues : le terroir. Et pour cause, sa définition est complexe et ne renvoie pas à une réalité tangible : il y est question de sols, de traditions, de modes de travail ou encore de paysages, le tout faisant fi des frontières administratives, bien souvent arbitraires. Mais le terroir c’est aussi une image un peu vieillotte, associée au monde rural et à la gastronomie. Pourtant, cette notion est bien plus riche qu’il n’y paraît et pourrait trouver sa place au sein de nos villes. Alors comment mieux inclure le terroir dans l’espace urbain ? Comment concilier terroir et ville durable ?

 

Un terroir en mutations à s’approprier

Si le terroir est souvent associé à une image d’ordre immuable, à quelque chose de séculaire, force est de constater que ce territoire est aujourd’hui en mutations. Nos villes sont devenues des villes mondes, les populations se sont brassées, chacune apportant avec elle des éléments de sa culture. Ainsi, le terroir s’enrichit, se mélange. Face au risque d’une uniformisation du terroir, dû à la globalisation, la différence constitue alors un moyen de revendication. Ainsi, une des marques de cette fusion des terroirs est tangible dans nos habitudes alimentaires, car parmi le top 10 des plats préférés des Français figure, par exemple, le couscous. Mais cette extension du terroir peut générer également un flou de la part des citadins. Comment s’approprier une notion si évanescente et dont les contours sont si complexes à dessiner ? Le terroir du XXIè siècle passe alors par une meilleure connaissance du local, une plus grande proximité, une action à l’échelle du quartier. Connaître et exploiter les potentiels de son terroir sont donc un préalable vers un mode de vie plus durable.

 

Les matériauthèques sont un bon moyen de diffuser et de faire connaître les richesses d’un territoire valorisant ainsi les ressources locales. Ici la matériauthèque de Moselle. © lestrademensuel - DR

Les matériauthèques sont un bon moyen de diffuser et de faire connaître les richesses d’un territoire valorisant ainsi les ressources locales. Ici la matériauthèque de Moselle. © lestrademensuel – DR

Révéler la beauté et la richesse d’un territoire

Quand on parle de terroir on oublie souvent la racine de ce mot pour se concentrer sur les valeurs qu’il y a autour. Ce mot puise son origine dans la terre, le sol. Et si le sol de nos villes n’est que trop souvent artificialisé, bétonné, il demeure quelques espaces de libertés où la terre reprend ses droits. Le terroir, ce pourrait alors être une façon de se rendre compte de la beauté, de la diversité de nos paysages, y compris de ce que l’on regarde peu. Ainsi, la designer Pauline Avrillon, résidente au sein de la Fabbrica Design, un projet porté par la Fondation et l’Université de Corse, a souhaité montrer la richesse des paysages de Corse à travers la terre. Elle a alors créé une gamme de pastels issue des terres de divers villes et villages corses valorisant ainsi la beauté intrinsèque de ce matériau et révélant des spécificités territoriales inattendues. Chaque terre de ville/ village possède en effet sa propre couleur, sa propre identité, sa particularité. L’occasion de montrer que le terroir peut être là où on ne l’attend pas, et qu’il demeure une source de créativité extraordinaire.

Les pastels de Pauline Avrillon démontrent la richesse des différentes terres de Corse © Pauline Avrillon   

Les pastels de Pauline Avrillon démontrent la richesse des différentes terres de Corse © Pauline Avrillon

À la (re)découverte de son terroir

Passionné de gastronomie, c’est donc tout naturellement que Charles Répic, étudiant en deuxième année de cycle master à L’École de design Nantes Atlantique, a souhaité orienter ses réflexions autour de la façon de valoriser le terroir culinaire à travers le design pour son Projet de Fin d’Études. Son projet : la création d’un tiers lieu qui permettrait de valoriser le terroir d’une ville, Nantes en l’occurrence. Cet espace atypique comporterait des potagers, un restaurant ou encore une promenade faisant office d’espace d’exposition. Mêlant ainsi des lieux de réflexion, de flânerie, de contemplation et d’apprentissage, le lieu permet d’allier plaisir et confort pour valoriser le patrimoine culinaire d’une grande ville. Charles Répic entend alors démontrer que les valeurs intrinsèques au terroir peuvent s’accorder avec les enjeux et défis de la ville durable.

Charles Répic a pensé un tiers-lieu permettant de sublimer le terroir culinaire nantais. © Charles Répic

Charles Répic a pensé un tiers-lieu permettant de sublimer le terroir culinaire nantais. © Charles Répic

Par Zélia Darnault, enseignante à L’École de design Nantes Atlantique

L'École de design Nantes Atlantique
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