La Cité Universelle, un premier pas vers des villes accessibles pour tous ?

8 Avr 2019

Avec l’accueil des Jeux Paralympiques de 2024, la ville de Paris se dote d’un nouvel équipement inédit. Sous l’impulsion initiale de Ryadh Sallem (athlète de haut niveau, militant associatif et Ambassadeur Paris 2024) et porté par GA Smart Building, La Cité Universelle sera un pôle sportif entièrement accessible pour tous les types de handicaps.

Quelle est l’approche originale de ce projet ? Quels enseignements apporte-t-il pour mieux intégrer la question du handicap dans la conception ?

La Cité Universelle verra le jour Porte de Pantin

La Cité Universelle verra le jour Porte de Pantin
©GA smart building promoteur, Baumschlager Eberle Architekten, INEDIT Architecture

Selon l’enquête HID de l’INSEE en 2001, en France, entre 10 et 12 millions de personnes sont atteintes d’un handicap, ce qui représente environ 15 % de la population totale. Souvent assimilés aux personnes malvoyantes ou en fauteuil roulant, les formes de handicap sont en réalité multiples et variées. Qu’il soit sonore (5,8 millions de personnes), psychique ou cognitif (700 000 personnes), visuel (1,7 millions de personnes), ou bien moteur (2,3 millions de personnes dont 400 000 en fauteuil roulant), le handicap n’est pas toujours perceptible par les autres. Avec le vieillissement de la population, et le recul de l’âge moyen de mortalité, le nombre de personnes concernées risque d’augmenter dans les années à venir.

La ville et ses aménagements ne semblent pas toujours prendre en compte cette part importante de la population, ni cette problématique qui nous concerne tous. Dans l’histoire urbaine, le handicap était souvent rejeté aux portes de la ville et n’a jamais été réellement inclus dans son développement. Aujourd’hui, cette logique d’exclusion reste présente dans les espaces que la ville offrent et qui font d’elle un territoire inadapté aux personnes concernées par un handicap qui les limite alors dans leur expérience complète de l’urbain.

Pourtant, depuis les années 1970, des législations sont mises en place par les gouvernements successifs dans le but de faire évoluer la situation des personnes handicapées et de leur donner pleinement droit à la ville dans son ensemble. Le 30 juin 1975, Simone Veil, alors ministre de la Santé, instaure la première loi visant à faciliter l’accès au travail, aux ressources financières et au droit à l’intégration scolaire et sociale. Mais ce n’est que le 11 février 2005 que la question d’une accessibilité égalitaire aux espaces est invoquée dans un texte législatif. Elle oblige, entre autres, la mise aux normes, et cela dans un délai de 10 ans, de l’ensemble des établissements ouverts au public afin d’assurer l’accès, la circulation et la compréhension des lieux aux personnes handicapées. Elle réglemente également les nouvelles constructions publiques ou privées en les obligeant à être des lieux accessibles pour tous.

Cependant, certaines villes ont mis du temps à aménager leurs espaces pour les rendre plus inclusifs. Paris a attendu 2009 pour initier une réflexion sur l’aménagement de ses espaces publics pour permettre leur accessibilité avec la mise en place du PAVE (plan de mise en accessibilité de la Voirie et des Espace publics). Finalisé en 2012, ce plan cherche à favoriser les démarches de concertation avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le monde du handicap. De plus, une étude très complète et intéressante a été menée par École des ingénieurs de la ville de Paris en 2018 pour compléter cette approche.

A 3 ans de l’arrivée des Jeux olympiques et paralympiques dans la capitale, rappelons que seules 15 stations de métro sur les 303 dissimulées sur le territoire parisiens sont aujourd’hui accessibles aux personnes à mobilité réduite. Il est donc temps de se mettre en action pour réfléchir et transformer nos villes afin de les rendre plus inclusives. Mais alors, comment peut-on prendre en compte les diverses formes de handicap dans la réalisation de projets architecturaux ambitieux ? Finalement, ne faut-il pas surtout penser la ville inclusive ?

La Cité Universelle, un projet porté par des acteurs engagés

C’est dans le cadre de l’appel à projets urbains innovants “Réinventer Paris 2 : les dessous de Paris” que La Cité Universelle est née. Porté par le promoteur GA Smart Building, ce projet prend place sur le site de “La Marseille” situé Porte de Pantin, à la croisée de trois villes : celles de Paris, du Pré-Saint-Gervais et de Pantin. En essayant de comprendre comment le territoire était vécu et la dynamique de ces différentes villes concernées par le site choisi, GA Smart Building se remémore que la Ville de Pantin avait candidaté pour l’accueil du village olympique et paralympique des JO 2024 de Paris, finalement remportée par la ville de Saint-Denis. S’appuyant sur cette volonté forte d’offrir un lieu en héritage de ces Jeux 2024, le promoteur relance cette dynamique, partant du constat que peu de salles que peu de salles sont accessibles pour les pratiques sportives en fauteuil à Paris, et plus généralement en France. En effet, la plupart des grands équipements sportifs ont été construits avant l’apparition des premières normes d’accessibilité dans les années 70.

Cette prise de conscience sur la nécessité de construire des équipements adaptés à tous a été fortifiée par la rencontre du promoteur avec Ryadh Sallem, athlète handisport de haut niveau et ambassadeur Paris 2024. Leurs échanges ont permis de révéler les problèmes rencontrés des sportifs handicapés dans leurs pratiques, mais également d’alerter sur les difficultés de la ville de Paris à accueillir des sportifs handicapés, que ce soit en terme d’équipements sportifs ou pour l’hébergement de ces derniers pour les Jeux Paralympiques de 2024.

Sa vision entrepreneuriale et sa volonté de sensibiliser le grand public aux questions liées au handicap ont poussé le promoteur à réfléchir à un bâtiment accessible pour tous types de handicap, dans le but d’en faire un totem de l’accessibilité universelle.

La promesse de “Réinventer Paris 2” de faire naître sur son territoire des lieux d’innovations où les activités sont mixées, a ainsi amené les promoteurs à rompre avec les codes habituels et les a poussés à aller plus loin dans leur réflexion des usages et des programmes déployés. Le promoteur y a donc vu un réel intérêt de répondre avec un projet porteur de vrais besoins, leur permettant de finalement reprendre le rôle du promoteur, celui de construire la ville de demain avec des projets forts de sens comme en témoigne Najoua Arduini-Elatfani, Directrice de Développement chez GA Smart Building.

Un programme multi-fonctionnel centré sur le handicap

Ainsi, cet ensemble immobilier de près de 30 000 m2 propose un programme riche et varié au service de tous. Deux éléments clés structurent le bâtiment. Le premier est une salle événementielle-omnisports de 3800m2 avec 1000 places assises dont 20% sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le deuxième est celui d’un hôtel dont l’ensemble de ses 110 chambres seront accessibles aux personnes handicapées pour répondre au faible nombre de chambres d’hôtel PMR disponibles en région parisienne (la législation française obligeant les hôtels à avoir seulement 5% de leurs chambres accessibles à tous), contraignant souvent les équipes de handisport à être logées dans plusieurs lieux différents.

Viennent se greffer à cet ensemble différents pôles d’activités, avec l’objectif de ne pas faire de ce lieu un ensemble uniquement dédié au handicap, mais d’abord inclusif, où chacun pourra trouver sa place qu’il soit en situation de handicap ou non. Ainsi, La Cité Universelle accueillera un pôle santé pour répondre aux besoins des sportifs et des habitants locaux, un pôle de bureaux de 16 000 m2 avec un espace de coworking, des services de restaurations et des jardins avec une production agricole de 1000m2 favorisant les circuits-courts. Cette mixité programmatique assurera une activité continue, amplifiée avec l’accueil de compétitions handisport dont notamment les Jeux Paralympiques de 2024.

Le site deviendra la résidence des équipes parisiennes de basketball et de rugby en fauteuil, qui jusqu’à présent ne pouvaient pas, par manque de moyens financiers et de visibilité, être résident dans des lieux qui leur étaient dédiés, contrairement à beaucoup d’équipes sportives. A travers ce projet inclusif, c’est également la promotion du sport paralympique et handisport qui est initié dans le but de pousser à une plus grande professionnalisation de ces sportifs, la France étant malheureusement très en retard sur ces questions par rapport à beaucoup de ses pays voisins européens.

La salle événementielle-omnisports

La salle événementielle-omnisports pourra accueillir jusqu’à 1000 spectateurs
©GA smart building promoteur, Baumschlager Eberle Architekten, INEDIT Architecture

Quand l’architecture se met au service de l’inclusivité

Le projet de La Cité Universelle a pour ambition d’être un équipement dans lequel être porteur d’un handicap ou non n’a pas d’influence pas sur la pratique des lieux. Co-conçu par les agences Baumschlager Eberle Architekten et Inedit Architecture, l’ensemble de son architecture a été portée avec la volonté d’être la plus inclusive possible.

Accompagnées par l’agence Handigo, un cabinet de conseil en accessibilité,  les équipes d’architectes ont mis en place une série de solutions architecturales cherchant à effacer les inégalités d’accès et d’exclusion liées au handicap. Par exemple, ils ont fait le choix de proposer des accès communs pour ne pas différencier les usagers dans leur pratique du bâtiment. Pour la résidence hôtelière, située au 7ème et 8ème, l’équipe a choisi une organisation compacte moins fastidieuse dans son utilisation qu’une organisation verticale pour une personne concernée par un handicap moteur.

Une promenade publique

Une promenade publique s’enroule autour du bâtiment
©GA smart building promoteur, Baumschlager Eberle Architekten, INEDIT Architecture

Les architectes ont également veillé à ne pas dessiner de longs couloirs souvent très anxiogènes pour les personnes touchées par un handicap psychique. Le choix des couleurs du sol ou plafond, peut être également discriminant dans l’usage des lieux pour certains handicaps. Les architectes ont donc tenté d’éviter ce phénomène en apportant une grande attention aux détails. Aussi, l’ensemble des jardins, et notamment la partie des potagers urbains, ont été réfléchis pour être accessibles en fauteuil roulant, et une attention particulière a été portée dans le choix des plantes afin de stimuler différents sens pour les personnes mal ou non-voyantes.

La mise en place de l’ensemble de ces dispositifs permettront au projet de La Cité Universelle  de viser l’attribution du label d’accessibilité, nommé LA, une première pour un bâtiment français. Porté par Certivéa et Handigo et centré sur “ les performances d’accessibilité et d’usage des bâtiments”, ce label se base sur 6 critères pour juger l’accessibilité universelle d’un bâtiment : sa facilité d’accès, sa simplicité d’usage, sa sécurité, son confort acoustique, son confort visuel et sa prise en compte pérenne des besoins des utilisateurs.

La Cité Universelle accueillera également la Handitech : association qui a pour vocation de fédérer, coordonner et promouvoir l’ensemble des acteurs qui innovent ou soutiennent l’innovation au service des personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie. L’occasion de mettre en avant notamment des start-ups développant des solutions techniques pour faciliter la vie de ces personnes.

La Cité Universelle, un cas unique ?

Bien que la Cité Universelle puisse aujourd’hui apparaître comme un bâtiment pionnier en terme de conception universelle en France, d’autres projets 100 % accessibles à tous types d’handicap existent dans le monde entier.

A Singapour, en 2016, un ancien complexe scolaire a été réhabilité en Enabling Village. Le travail des architectes de l’agence WOHA a permis de créer un espace ouvert sur le quartier, entièrement accessible à tous types de handicap grâce à une transformation des modes d’accès avec l’installation de rampes, des systèmes de boucles audio installés dans l’ensemble du lieu permettant aux personnes malentendantes de percevoir les annonces publiques de manière améliorée, des panneaux de signalisation en braille disposés dans le lieu pour guider les malvoyants…

Un ensemble de rampes à pente douce a été aménagé en coeur d’îlot

Un ensemble de rampes à pente douce a été aménagé en coeur d’îlot – Source : https://enablingvillage.sg

Aujourd’hui, l’Enabling Village est une véritable communauté, ainsi qu’une place publique comprenant des bureaux et des commerces. Il apparaît comme un espace d’expérimentation dédié à l’inclusivité pour les personnes porteuses d’handicap, que ce soit par les dispositifs d’aménagement mis en place mais également grâce à un fort volet social porté par la communauté présente sur place. Des travailleurs handicapés sont intégrés aux commerces et aux entreprises localisées dans l’Enabling Village.

 

Le village accueille également le laboratoire Tech Able dédié aux technologies d’assistance. Lieu hybride, il permet de regrouper des acteurs travaillant sur l’accessibilité et l’innovation. C’est une vitrine méthodique, sociale, mais aussi technologique pour une ville accessible à tous. L’Enabling Village a reçu, en 2016, le President’s Design Award Singapore, pour récompenser son travail autour de “l’intégration par l’éducation, le travail, la formation, le mode de vie, reliant ainsi les personnes handicapées et la société en général” comme l’explique le jury lors de la remise du prix.

Co-créer avec de nouveaux outils pour rendre la ville plus inclusive

La Cité Universelle et l’Enabling Village sont tous les deux des lieux où les différences liées au handicap disparaissent, que ce soit dans l’usage et dans les sociabilités. C’est à partir du concept du design universel que les concepteurs ont conçu ces lieux. Ce type de conception d’espaces permet de faire en sorte que l’ensemble des usagers puisse être capables de comprendre et pratiquer l’espace, quelque soit leur âge, leur taille, leurs capacités ou leur handicap. Le design universel est le plus en plus utilisé dans la conception de lieux et permet de faire glisser de la logique commune de “rendre accessible” vers celle de “penser inclusif”. Son utilisation donne également la possibilité  d’une meilleure sensibilisation des acteurs de la construction aux questions d’accessibilité, souvent perçues par ce milieu à travers des normes contraignantes.

La mise en relation entre concepteurs, associations, bureaux d’études spécialisés dans les questions d’accessibilités, ainsi que personnes porteuses de handicap peut également permettre une prise de conscience des enjeux liés à l’inclusivité. La concertation autour d’aménagements permet d’identifier en amont des erreurs de conception qui peuvent être extrêmement discriminantes pour des usagers touchés par un handicap. Une meilleure connaissance des modes de vie et des difficultés vécues par ces personnes pourrait améliorer la qualité des projets créés.

Enfin, s’appuyer sur les nouveaux outils technologiques peut rendre la ville plus inclusive. De nombreuses start-up développent d’ailleurs des outils performants qui améliorent le quotidien de ces personnes. Puiser l’inspiration dans de tels projets et mobiliser des solutions adaptées dans les nombreux projets urbains peut être un nouveau et pertinent réflexe à prendre afin de favoriser une pratique urbaine plus inclusive et construire enfin la ville pour tous de demain.

Lumières de la Ville

Vos réactions

MEYER-HOFFMANN, HENRIK 12 avril 2019

Si la réelle accessibilité est aussi FAKE que cet image qui fait miraculeusement disparaitre le périph sous une verdure aussi imaginaire que décorative, la #citéuniverselle a toutes chances de succéder à d’autres projets raté de @paris comme #vélib, #autolib, #tourtriangle !

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